Les drames aux caméras...
Et on va encore critiquer mon inhumanité …
Qui a vu, aura le cœur meurtri ! Tremblement de terre aujourd'hui, Ouragan hier, Tsunami avant-hier, tempêtes, raz de marée, cyclone : la litanie des catastrophes
naturelles ne prend son sens que lorsque l'œilleton d'une caméra occidentale braque les consciences sur le drame.
Qui verra, déboursera ! Le malheur qui s'abat sur la pauvre humanité ne touche nos cœurs insensibles que par la truchement de notre nerf optique. Rien de ce qui arrive
d'abominable ne doit échapper à la couverture médiatique. L'exposition est la condition incontournable de la commisération.
La douleur sous tous les angles, exposée, sur-exploitée par des journalistes bouleversés pour des journaux chamboulés. Des émissions spéciales, des images indispensables,
dramatiques, émouvantes et des commentaires à chaud qui n'échappent jamais à la redondance et aux dérives du misérabilisme.
Pourquoi faut-il que tant de gens se précipitent devant leurs écrans pour devenir voyeurs des douleur des autres ? Quel besoin morbide ont-il de tourner sur les différentes
chaînes pour rechercher l'image la plus abominable ? Faut-il voir pour accréditer une telle information ? Est-il indispensable de regarder pour compatir ?
Ces questions me taraudent. Je m'indigne de ce réflexe insupportable. Les mouches bourdonnent autour du cadavre encore chaud, se repaissent du malheur des autres. Depuis bien
longtemps, j'ai la réaction inverse, je coupe immédiatement toute information télévisée pour ne pas me transformer en spectateur morbide. Suis-je donc différent de mes concitoyens ?
La charité ne devrait pas se nourrir du drame offert à la curiosité. Il est parfaitement possible d'échapper à cette indignité tout en se montrant solidaire, compatissant
ou horrifié. L'homme devrait pouvoir éprouver de la commisération sans cet affichage ostentatoire de la tragédie.
Les organismes caritatifs m'expliqueront que c'est indispensable, qu'une catastrophe invisible n'existe pas et qu'entre deux maux, il faut choisir le moindre. Je ne puis
pourtant me résoudre à supporter l'idée de ces caméras braquées sur ces cadavres ou pire encore sur les survivants au nom de mon droit inaliénable à l'information.
C'est à vomir ! J'imagine ces équipes de télévision, multiples sources supplémentaires d'embarras, de gènes et de complication pour les secours. Je devine qu'il faut les nourrir,
les héberger, les déplacer alors que la priorité est toute autre. Je subodore la course au sensationnel que doivent se livrer ces équipes concurrentes dans une logique de marché.
Tout cela en mon nom, moi petit occidental préservé de ces abominations. Et je me rappelle cet enfant pris dans la boue et qui va mourir devant les caméras. Son agonie
retransmise dans le monde entier pendant que les secours performants n'arrivaient pas. Qui osera me dire que l'humanité ne nous a pas abandonnés ?
Il y aurait tant à dire sur l'exploitation de ces drames. Un avion français qui ne peut atterrir en Haïti parce que Madame Hillary Clinton draine forces de sécurité,
police, micros et caméras, tous bien plus utiles sans doute qu'un hôpital.
Au secours, ce monde est devenu totalement fou.
Désespérement vôtre