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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

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La vacuité de la semaine sans match.

Ou l'Aversion de l'entraînement.


    J'ai souvent constaté une spécificité propre à ce monde ovale qui me surprend un peu plus à chaque jour. Les joueurs de Rugby ne semblent pas être des sportifs comme les autres et il est légitime de se demander s'ils sont pleinement sportifs.

    Je n'ai jamais douté de l'immense conviction avec laquelle ces messieurs abordent le match qui constitue, comme pour toutes les autres disciplines, la réalisation suprême, la récompense absolue. En ce sens, ce sont de fabuleux compétiteurs, des gagneurs, des combattants de l'extrême.

    Mais au Rugby, le match constitue souvent un fin en soi, un but unique et non une récompense ultime. La préparation, qui est si prégnante dans bon nombre de disciplines, passe ici pour une corvée, un passage obligatoire mais non nécessaire aux yeux de ces sportifs du dimanche.

    La préparation, pour eux,  c'est tout l'avant et l'après compétition. L'entraînement bien sur, la diététique, les soins, la récupération , l'hygiène de vie, la préparation mentale ou une kyrielle encore de pratiques obscures pour nos gaillards n'appartiennnent pas à leur menu quotidien.

    Là, on touche un contexte si éloigné des préoccupations du rugbyman que je n'ose m'avancer sur ces terres totalement vierges pour les joueurs évoluant aux différentes strates du niveau amateur.J'entends d'ici l'argument clef que chacun me retournera avec une parfaite candeur à moins que ce ne soit de la mauvaise conscience : « Nous ne sommes pas payés, nous sommes des amateurs ! »

    Alors pourquoi, l'amateur de course de fond, de cyclisme ou de toute autre activité d'endurance s'impose une discipline qui, si elle est stricte, n'est considérée que comme un mode de vie en relation avec l'activité de loisir investit totalement ?

    Pourquoi les joueurs de tennis, foot-ball, de basket, de hand-ball ou de volley ball passent-ils des heures à répéter des gestes techniques, à effectuer des dribbles,  des circuits, des tirs, en y prenant un plaisir manifeste ?

    Ne sont-ils pas du même bois que nos durs à cuir ? Ils sont aussi amateurs et il me parait indispensable de rappeler l'étymologie de ce terme : « celui qui aime ! ».

    Le joueur de Rugby qui entre sur un terrain, qui sans connaître les règles, qui sans savoir ce qui se trame en mêlée ou en touche, qui sans n'avoir jamais donné un coup de pied dans cet étrange ballon, qui sans savoir comment s'exécute une passe visée, sont-ils des amateurs, des esthètes éclairés, des épicuriens de la geste sportive ?

    Je me désespère les semaines sans match, de voir l'entraînement déserté pour une multitude de raisons aussi risibles les unes que les autres. Toutes ces arguties ne dissimulent pas le fond effarant du problème  : ils ne viennent pas à l'entraînement pour le plaisir de la pratique mais pour obtenir le sésame qui leur ouvrira la seule porte qu'il convoite : celle du match.

    Qu'importe les carences techniques, les faiblesses physiques, les ignorances tactiques, ils veulent simplement jouer sans chercher véritablement à atteindre l'excellence ou plus modestement en essayant de progresser !

    Chaque année j'écris ce proverbe :
 « On ne peut jamais rattraper une seule journée de travail perdue ! »
Hélas, j'ai le sentiment de me cogner à un mur d'incompréhension.
« M'enfin, je ne viens au Rugby que pour me faire plaisir. Ce n'est pas un travail ! » Effectivement, mais parfois, entraîner ces garçons lorsqu'il n'y a pas match, devient aussi une corvée !


Superficiellement vôtre.


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