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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

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Amis comme Cochon !

Ce Cochon qui  n'est pas un Porc

En tout rugbyman sommeille un cochon. La ripaille et la grivoiserie sont les éléments essentiels de la tradition imposée par les truismes de la culture dominante. Pourtant, le cochon peut se fait soyeux et est parfois capable de sortir de l'auge où il se bauge pour aller sur les chemins de la prose charcutière.


Bien que totalement interdit par cette société qui privilégie les obligations onéreuses aux pratiques ancestrales et économiques pour le profit de quelques-uns, un pilier de mêlée célébra dignement la Saint cochon et nous apporta un boudin noir à vous damner tous les mécréants de cette terre. Naturellement, la cochonnaille était accompagnée de la sueur de la vigne et les propos que nous tint ce doux personnage qui doit rester anonyme n'en furent que plus dithyrambiques.



  « Mes chers amis, nous qui célébrons avec ostentation le sang du verrat, qui tenons par la même occasion des propos peu gracieux sur nos compagnes restées comme notre chère baronne dans leurs foyers respectifs, nous nous faisons traiter au plus petit rôt de sales cochons et nous  sommes fiers de cette appellation porcine d'origine incontrôlable ! 


Car voyez-vous mes bons amis d'abus excessifs, l'espèce est en voie de disparition. On nous affirme la main sur un régime alimentaire que nos congénères à quatre pattes ne reçoivent plus ce patronyme pourtant si Chair à notre culture gauloise. Le cochon d'aujourd'hui, calibré et réglementé n'est plus qu'un vil Porc à l'hygiène contrôlée et à la traçabilité étiquetée … !


Un monde sépare portant le cochon de son homologue porcin


Le cochon appartient à l'ancien régime ; celui ou se mot ne concernait que la structure politique et non la façon de gouverner nos assiettes et nos envies. Il célébrait les repas lents et copieux des jours de fête.  Il est d'un temps où tout était sain en toute occasion.  Le porc illustre cette nouvelle alimentation rapide, du régime maigre avalé à la va comme je te pousse. Il est apprécié des gens qui mangent debout et qui, oh décadence infâme, ne boivent que des boisons gazeuses.


Un cochon avait des manières. C'est qu'il était bien élevé le bougre ! Il vivait à la périphérie d'une famille économe qui lui confiait le moindre de ses reliefs alimentaires. Un porc s'élève sans façon et se conduit comme tel. Il souille les nappes  phréatiques, empeste l'air de nos campagnes et se nourrit la gueule enfarinée de cadavres divers et avariés.


Le cochon était couvé du regard, son embonpoint gourmandé par tout un foyer qui voyait en lui de délicieuses promesses. Le porc est engraissé dans l'obscurité de mouroirs concentrationnaires et nul ne salive à son voisinage.


Un cochon avait jadis du savoir vivre et plus encore de la dignité dans le trépas. La fête accompagnait un meurtre ritualisé qui annonçait une journée bachique. Le porc est occis à la chaîne dans l'indifférence de tous et sans la moindre commémoration.


Le cochon était respecté dans les assiettes. Jamais on aurait osé lui faire l'affront de refuser sa couenne, d'écarter son gras ou de bouder sa tête. Le porc est consommé en sandwichs le plus souvent. On retire tout ce qu'une société anémique prend pour des parties honteuses et les triperies ferment à la queue leuleu.


Le cochon se fumait, se salait, baignait dans la saumure et se conservait dans les gardes manger comme dans nos mémoires. Le porc s'entasse parfois sur les bûchers des vanités paysannes. Il peuple les super-marchés insipides et s'habille de Cellophane.

 

Mes chers compagnons, qu'il est bon d'être un gros cochon mais qu'il est triste de n'être qu'un porc ! »


Charcutièrement vôtre.
BR

 

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