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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

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Prendre une vessie pour une sirène !

 Fantasmagorie ...

 

Le symbole reconnu par tous de notre sport est la mêlée. Elle est constituée par 16 gaillards d'avants qui se fondent en une gigantesque matrice féminine. Les ondulations qu'elle subit sont issues de la poussée contradictoire de ce groupe où toute force émane des " reins " de l'homme.

Un être plus frêle, le demi de mêlée, assure les préliminaires. Il engage le ballon dans le couloir matriciel, sa forme oblongue nous renvoie à la dimension métaphorique de la mêlée. 

 

L'ovale ; l'œuf , appartient à la femme, le n' œuf rend à celle-ci l'ovule pour une transe initiatique intense et fulgurante d'où le ballon naît à la vie visible. 


Le joueur introduit le cuir, il enclenche le processus qui crée le rugby. L'introduction effectuée, la mêlée va l'évacuer le temps d'une convulsion collective pour le rendre propre et vivant. Il est extrait entre les jambes du 8, le plus fort du groupe qui offre à son compère ( père ensemble ), le fruit des entrailles de la mêlée. Le jeu peut alors évoluer, il rebondit, alternant les phases   déployées et groupées, le jeu contournant ou pénétrant, l'évitement ou l'affrontement. La sortie du ballon du terrain donne naissance à la touche : Phallus gigantesque et pendant perpendiculaire à la mêlée. Elle est constituée des mêmes acteurs qui passent du corps arrondi et étêté au corps dressé et tendu vers le ciel.

Pour l'une, l'offrande du ballon se fait par la terre, pour l'autre, elle est aérienne. Le gain passe par une lutte. Le sauteur jaillit, tendu vers son objet de désir, flanqué de deux boules humaines qui viennent le protéger afin de franchir ce couloir sans encombre, pour se dresser tendu en plein ciel.


Le ballon pris, mis à l'abri , il est une nouvelle fois offert pour une ouverture. Le jeu reprend dans sa mouvance confuse où pour avancer il faut reculer… L'objet de la convoitise ne peut être manipulé  vers l'avant. Pour avancer, il doit être porté ou offert avec le pied à l'adversaire. Il est alors botté, en un geste de dépit amoureux qui va être suivi d'une course effrénée pour sa reconquête. 


Tous les acteurs se disputent le précieux objet que chacun, à tour de rôle, porte sur son cœur. Si le porteur est isolé, il subira la vengeance d'un rival. Il sera plaqué comme un mal propre, couché au sol, dépossédé de son bien en un acte violent où l'assaillant prend l'offensé par la ceinture, le soulève de terre, le porte un instant sur son épaule avant que de le laisser tomber. 


À d'autres moments, l'affrontement est collectif. Le combat pour l'œuf est l'affaire essentiellement des "gros". L'explication est sérieuse, elle se termine par une nouvelle offrande, le ballon est pondu par cet amas pour vivre de nouveau.


L'apothéose étant dans l'essai. Le porteur aplatit. Il porte le ballon  au delà des limites de jeu, dans l'en-but. Dans certaines régions, on dit : " Il va à dame ! " ( Le principe du Rugby est donc d'aller hors des limites et chacun s'y attache, sur le terrain comme dans la vie. ) Le marqueur se couche sur son précieux trophée. Il est sorti vainqueur de tous les affrontements, il a esquivé les embûches, il triomphe par et au nom des siens. Ici, la victoire est collective, le marqueur n'est pas idolâtré. Il n'est que le maillon final qui a conduit à la réussite. D'ailleurs celle-ci s'inscrit dans le transitoire. 

Car, il reste à transformer  l'essai  ; une nouvelle métamorphose. Sa transformation marquera son accomplissement. Elle est effectuée face à l'adversaire, regroupé hors du champ de jeu en un geste de déférence pour ceux qui ont franchi leur ligne, percé leur défense, forcé leur camp. La transformation est l'acte ultime, le passage, le jaillissement . Le ballon est expulsé entre les perches, au milieu de ce corps dressé sur le terrain. Jambes au sol, bras en l'air, cette géante ouvre son ventre au ballon victorieux…



Psychanalitiquement  vôtre.
BR

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