Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Publicité

Nounouille !

Une bonne pâte ?

 

 

Franquin

Alors que même l'intelligence artificielle s'empare de ce terme familier pour en donner, sans que je ne lui ai rien demandé, une définition qui apparaît désormais en haut d'écran de toute recherche, affirmant ainsi sa primauté sur tous les sites laborieusement fabriqués par des humains, sa supériorité sur les écrits et les ressources de ces misérables individus qui vont encore debout sur leurs pattes arrières, je vais malgré la lapidaire définition du monstre numérique, tenter d'apporter ma contribution à ce cri du cœur devenu obsolète.

Les doctes linguistes prétendent que l'on doit repérer dans ce mot familier la référence à la nounou, celle qui garde les jeunes enfants. Ainsi donc, dans cette noble corporation, des dames exaspérées par les cris de ceux dont elles ont la surveillance, après une petite chute ou une quelconque contrariété, auraient déclaré le bambin « Nounouille ! » puisque peu résistant à la douleur…

Voilà le propos relayé par l'IA qui me la baille belle ! Jamais dans mon enfance, ladite remarque, souvent déclamée de manière moqueuse, parfois ironique, ne faisait référence à un manque de résistance à des maux bénins. Il est vrai que nous ne pouvons pas demander à cet outil de se souvenir de sa petite enfance et des mots familiers qui nourrissaient notre langue. J'aurais envie de lui donner une bonne fessée sur le disque dur si j'en avais le loisir.

Point n'est besoin de sortir de la Silicon Valley pour repérer dans ce terme qui n'a strictement rien à voir avec la noble profession de puéricultrice, l'allusion aisément repérable aux pâtes alimentaires. Il est évident que les serveurs informatiques qui nourrissent les datas de l'IA ne lui ont jamais servi de délicieuses pâtes pour nourrir son appétit d'ogre prédateur.

Alors comment évoquer les petites lettres qui baignaient dans nos potages, les étoiles et autres vermicelles qui venaient épaissir le bouillon et nous donner l'occasion d'écrire des mots ou de réaliser des fresques sur la table. Ne pas y parvenir, se montrer maladroit ou fautif dans l'écriture du mot déposé sur le formica, méritait alors ce nounouille affectueux qui venait illustrer notre erreur. Ce sont nos parents et non des nounous dont nous ignorions tout à l'époque qui venaient ainsi nous flatter à l'envers du poil.

Ce « nounouille » ne nous fut servi, si j'ose dire, que durant notre petite enfance. Il venait illustrer les faux pas, les maladresses, les erreurs de jugement de la même nature que celle de cet IA qui se mêle vraiment de tout sans qu'on l'ait sonnée. Il ne passa pas le cap de l'adolescence, à croire que ce petit qualificatif était circonscrit aux âges qui n'ont pas besoin d'un « z » pour s'écrire.

C'est curieusement quand les sottises, les âneries, les bourdes deviennent des grosses c... que le « nounouille » est mis sur la touche. Il avait cependant quelques concurrents comme « Gauche », « Pas dégourdi ! », « Pataud », « Gaffeur » qui eux aussi disparurent pour des termes plus crus que nous ne nous soucions plus de croire.

Il a fallu que je lise une réflexion d'une adulte, se le disant par devers elle en commentant sa maladresse devant les arcanes de l'informatique qui déclara à brûle-pourpoint : « Oh que je suis nounouille ! » pour que me vienne l'envie de replonger dans ce cher passé qui échappe fort heureusement à cette maudite Intelligence Artificielle.

Franquin

 

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article