Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.
29 Septembre 2026
Un appel du pied !
Il est bien difficile de toucher le cœur ou l'intérêt des animatrices et parfois des animateurs qui proposent des spectacles aux pensionnaires de ce qu'on nommait les EHPAD avant qu'ils ne deviennent les Maisons France Autonomie au pays de l'absurdité administrative. La difficulté s'exprime plus encore dans les résidences seniors où chaque sou économisé va enrichir les actionnaires qui voient dans le grand âge une source de revenus.
Dans ce contexte, venir prélever une modique dîme pour distraire les résidents n'est pas chose aisée tant ce monde en vase clos fonctionne en autarcie, replié sur soi avec des représentations fort établies qui prévalent à l'éventuel choix d'un artiste. Car dans ce milieu clos, dans l'esprit de beaucoup, la seule animation qui vaille est constituée de chansons anciennes.
Ceci constitue une forme de dogme contre lequel il est bien difficile de se dresser. Non seulement parce que la chanson a ceci de miraculeux qu'elle semble échapper aux outrages du temps, qu'elle parvient à réveiller des souvenirs qui constituent, il est vrai, un moment à nul autre pareil. En cela, le choix semble judicieux même s'il faut prendre garde à actualiser un répertoire qui doit coller aux générations concernées. Les chansons d'avant-guerre ne sont plus de mise dans les établissements d'aujourd'hui tandis que des musiques plus endiablées ont accompagné les enfants d'alors.
Cependant, si la chanson doit demeurer l'animation phare, d'autres auraient leur place si les professionnels ne les rejetaient pas systématiquement au nom de représentations erronées et d'idées préconçues. Je parle évidement pour ma paroisse puisqu'il est presque impossible d'imposer l'idée d'un spectacle s'appuyant uniquement sur la parole.
Il est vrai que se joue alors l'écueil de l'étiquette. Prétendre venir auprès des têtes blanches avec des Contes constitue un anachronisme certain. Dans l'esprit de beaucoup, c'est un genre réservé aux enfants et dans pareil endroit, il y a évidemment erreur sur la cible. Nommer autrement cette proposition met alors dans l'embarras le responsable du choix, puisque rien ne lui permet de donner du sens à des formulations comme : « Fariboles et billevesées ! ».
Jouer des mots, des formes de récit et des registres de langue auprès de ce public est à chaque fois un moment réjouissant de partage et de plaisir. C'est l'occasion d'évoquer des souvenirs, de faciliter la communication, de retrouver le bonheur de l'imaginaire, d'oser la poésie et la facétie. Si les anciens à chaque fois que j'ai eu l'opportunité de leur proposer une animation en furent enchantés, il fallut en premier lieu briser les craintes et les préjugés d'un professionnel qui ne voyait pas l'intérêt d'une telle démarche.
Comment faire admettre que la parole seule peut être porteuse d'émotions, de sentiments, de souvenirs, de sourires mais aussi de découvertes. Qu'un raconteur est en mesure de séduire et d’intéresser un tel public durant une après-midi récréative. Pourquoi diantre penser systématiquement que les mots dans leur dépouillement sont rébarbatifs, redondants, dénués de pertinence ?
Ce texte est une sorte de bouteille à la mer destinée aux professionnels de l'animation dans de tels établissements. J'aimerais qu'ils osent enfin briser leur représentation erronée de ce que peut être une racontée qu'on l'appelle comme on veut. Ils devraient interroger leurs collègues qui ont fait appel à moi, même si dans ce milieu, il est bien délicat d'échanger d'un établissement à l'autre.
Enfin, je pense qu'il est préférable de compter sur les enfants des locataires pour glisser quelques mots au creux de l'oreille de l'animatrice ou d'un membre de la direction en essayant de la convaincre de se lancer dans un flot de mots par le truchement d'un bonimenteur. Sait-on jamais, des portes s'ouvriraient peut-être ainsi que des oreilles qui jusqu'à présent sont restées sourdes à mes appels du pied.
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