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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

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La remonte entre dans les cordes de Gugus.

La folle épopée du ménétrier.

 

Marinier et ménétrier, Gugus était connu autant des gens de Loire que de ceux qui restaient à terre pour la simple et bonne raison que son arrivée, partout sur les rives de Loire, signifiait un moment de fête, une pause dans l'existence que tous les riverains s'octroyaient. Le marinier qu'il était, proposait à tous, ses poteries de la Puisaye en une époque où c'était l'un des rares contenants pour assurer la conservation des produits alimentaires et des boisons tout autant que pour se restaurer. Le ménétrier poursuivait la vente des poteries par un bal sur le quai alors que les distractions étaient rares.

L'arrivée de la ramberte était guettée puisqu'il avait été déjà repéré plus en amont, si bien que l'attente se faisait fébrile. Point n'était besoin d'annoncer, la rumeur allait son train et tous étaient sur le qui-vive pour ne pas manquer son approche. Une fois amarré, une grande partie du village était présente, les uns pour effectuer quelques achats et tous les autres, pour guincher jusqu'à la venue de la nuit, quand le commerce aura cessé.

C'est ainsi que d'étape en étape, Gugus continuait sa descente sur sa salambarde jusqu'à ce que tout le stock fut vendu. Après quoi, c'était le bateau dont il convenait de se dessaisir afin qu'une fois déchirée ou dépecée, elle devint du bois de charpente pour les pièces maîtresses et de chauffage pour le reste. Puis, l'affaire conclu, Gugus rentrait à pied jusqu'à Neuvy-sur-Loire en proposant sur le chemin ses services musicaux.

Une tournée immuable, une grande descente chaque année puis de retour au pays, la construction d'une nouvelle embarcation, la préparation du stock pour recommencer son manège quand une Loire marchande lui donnerait le signal du départ. Mais ce rituel avait un coup dans l'aile puisque folie qu'il ne parvenait pas à expliquer, cette année, il s'était construit sa sapine en chêne. Son Bossuet ne sera pas détruit au terme de la descente ; il lui faudrait trouver moyen de le remonter à bon port. Mais chaque chose en son temps, pour l'heure, il s’apprêtait à embarquer pour une nouvelle épopée.

Ce fut du reste un immense succès. Est-ce la beauté inhabituelle de son bateau, la qualité de sa marchandise, les récoltes exceptionnelles de l'année, toujours est-il que sa tournée fut un immense succès au point que Saumur constituerait cette fois sans doute sa dernière étape, faute de marchandise à vendre ? Il tenait malgré tout à pousser jusque là, à s'amarrer au pied du magnifique château qui domine la Loire et surtout, il entendait profiter du vin pétillant du coin.

Est-ce la vente de sa dernière pièce, l'abus de crémant ou les danses endiablées qu'il joua au violon, toujours est-il qu'en fin de soirée, la tête lui tournait quelque peu ? Ceci explique sans nul doute ce qui se passa ensuite, qu'il ne parviendra jamais tout à fait à s'expliquer et que vous aurez sans doute grand peine à croire. Mais je me fais un devoir de restituer son aventure, pour étonnante et mystérieuse qu'elle puisse être…

Gugus avait tout vendu et cette fois, il n'était pas question de se séparer de son beau Bossuet. Il lui fallait retrouver ses esprits pour réfléchir à la meilleure manière de s'en retourner à son port d'attache quand un étrange visiteur monta à bord sans y être invité. L'homme était curieusement afistolé et n'inspirait pas la sympathie. Pourtant, émanait de lui une force mystérieuse qui poussa Gugus à l'écouter puis accepter l'étonnant marché qui lui proposa.

Le visiteur lui offrit de gréer sa belle sapine de manière à lui permettre de remonter le courant pour s'en retourner à son point de départ à la condition que Gugus lui donne en échange son violon. Cependant, le marché ne s'arrêtait pas là. Pour assurer la remonte sous un vent favorable, le visiteur entendait remettre au marinier, une trompette de cavalerie qui aurait le pouvoir, quand il en jouerait de lui concilier le vent pour gonfler la grande voile.

Gugus n'eut guère le choix. L'allure tout comme l'insistance de ce visiteur le poussèrent à accepter son offre avec une circonspection dont il ne pouvait se départir. Il avait comme un noir pressentiment qui le poussa à se prémunir d'un éventuel coup tordu. En bon marinier, c'est vers le ciel qu'il se tourna en allant faire ses dévotions à Notre Dame des Ardillets et en s'offrant des chapelets, spécialités de l'endroit.

Notre marinier avait une petite idée en tête, un besoin de se garantir d'un coup tordu dont il imaginait parfaitement d'où il pouvait venir. Appelez cela prescience ou superstition, notre ami ne pouvait pourtant se défaire d'une crainte sourde pour laquelle il entendait prendre des garanties que d'aucun qualifierait de céleste.

La remonte dans sa première partie fut une simple formalité. La trompette de cavalerie, qui plus est venue de Saumur, disposait d'un pouvoir évident sur le vent. Quelques notes suffisaient à imposer selon le cours de la rivière un vent de Mar, de Galerne ou de Galarne. Jamais il n'avait connu circonstances aussi favorables pour affronter le courant même si souffler dans l'instrument toute la journée n'était pas une sinécure.

Bientôt le pont de Beaugency se profilait à l'horizon et avec lui une sourde angoisse. Gugus connaissait la réputation de ce magnifique ouvrage médiéval et les circonstances qui prévalurent à son édification. Il n'était pas sans ignorer que le malin avait été grugé une première fois et qu'il était peu probable qu'il se fit prendre à nouveau. Ne dit-on pas que Chat échaudé craint l'eau froide ?

À l'approche de ce magnifique ouvrage d'art, il abandonna la trompette pour se consacrer à une prière adressé à Saint Nicolas, le saint Patron des gens qui vont sur l'eau. Il ajouta à cette sage précaution le maniement d'un Chapelet de Saumur tandis qu'au passage redoutable sous le pont du diable, il jeta dans l'eau une médaille miraculeuse.

Il y eut un effroyable coup de tonnerre, un hurlement fracassant et un rire sardonique qui tourna en cri de désespoir. Le bateau passa sans encombre d'autant plus aisément que Gugus avait glissé des gousses d'ails dans ses poches. Il avait vaincu le malin qui, fort contrarié, fit tomber soudainement le vent porteur.

Gugus, le cœur encore battant d'angoisse, s'amarra sur le port pour tenter de retrouver ses esprits. Il avait la confirmation de l'identité du personnage avec lequel il avait établi un contrat. Il s'empressa, après un signe de croix et une nouvelle prière de jeter la trompette de cavalerie dans les flots qui disparut dans un immense tourbillon.

Il passa une nuit agitée avant que de reprendre la route sans l'aide cette fois des forces occultes. Au petit matin, il eut la surprise de retrouver sur le pont son cher violon, ce qui le poussa à s'interroger sur la réalité de ce qu'il venait de vivre. Il poursuivit néanmoins sa longue remonte, profitant plus souvent qu'à son tour de vents favorables. Après tout, Satan pouvait parfois se montrer beau joueur.

Gugus eut la sagesse de ne jamais raconter son histoire, jusqu'au jour, où ayant abusé de la chopine, il finit par me confier ce récit. Je n'eus aucune peine à lui accorder crédit tant sur la Loire, les histoires les plus folles ne demandent qu'à être prises pour argent comptant, d'autant plus d'ailleurs, que Gugus paya la tournée et se mit à jouer du violon.

Marc Chagall

 

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L
Quant à moi, je suis allé voir à quoi ressemble le pont de Beaugency... Je ne vois pas comment un voilier comme celui de la photo de votre billet, puisse passer sous le pont... Beau conte par ailleurs.
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LH<br /> <br /> Le mât des bateaux de Loire s'abaisse au passage des ponts quand d'autres se découvre devant les dames
F
Bonjour Nabum<br /> Tres joli conte...<br /> Beau Dimanche à toi.
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Un jour peut-être je retrouverai mes amis les ânes
R
Martine<br /> <br /> Pas d'âne dans l'histoire, mais sur la fête, il y en avait un <br /> alors, j'ai raconté une histoire d'âne