Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.
20 Septembre 2026
Ils ne sont pas du même monde...
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Une mule bien née allant d'un train pontifical, entendit baguenauder loin de son pré habituel. En fier animal qu'elle était, elle prétendait ne pas avoir à marcher dans l'ombre d'un autre équidé, fut-il un mauvais cheval ou bien un âne en fin de service. Revêtant sa tenue d’apparat, il n'était pas question pour elle de devoir se mesurer à un pauvre âne républicain à bout de souffle, largement décati après dix années de dur labeur.
La mule fit savoir à qui voulait bien l'écouter que son compère l'âne, quoique évoluant sur ses terres n'avait pas à lui voler la vedette ou, comme il était coutumier du fait, à venir lui manger l'herbe sous le pied. Elle savait par ouïe dire que son hôte avait la fâcheuse habitude de braire toujours plus fort que les autres, de remuer de la croupe à la moindre occasion tout en laissant derrière lui des chapelets qui n'étaient pas de nature à convenir à la mule.
Celle-ci réclamait de la dignité et du sérieux, le respect de sa personne et de tous ceux de son rang, exigences qui échappaient totalement aux manières de se comporter d'un âne auquel personne ici-bas ne pouvait rivaliser dans son incomparable capacité à se prendre pour ce qu'il est. La mule, empreinte d'une solennité qui sied à merveille à sa fonction, se refusait à partager la mangeoire et l'abreuvoir avec cet insolent baudet.
De telles rivalités si elles sont fréquentes chez ceux qui vont debout sur leurs pattes arrière, existent également chez nos amis les bêtes. Cette histoire nous en fait de manière spectaculaire démonstration tout en nous donnant matière à nous réjouir. On ne donne pas impunément du foin à un âne qui n'a eu de cesse de faire le beau et d'abuser de sa prestance.
La mule dans sa simplicité en dépit d'une stature incomparable à son compère, ne désirait nullement se lancer dans la course à la carotte pour briller devant la basse-cour et toute la volaille si prompte à se focaliser sur les apparences, la frivolité et les cérémonies de pacotille. Tout au contraire, la mule ayant une bien plus haute idée de sa charge repoussait d'un coup de sabot du train arrière, les breloques que l'on remet communément au salon de l'agriculture dans ce pays.
Si l'âne pensait se mettre à sa hauteur de la sorte, en l'attirant avec une médaille illusoire, il se mettait l'avant train dans l'œil. La mule repoussa ces gâteries qui sied aux bêtes de foire et aux personnalités en mal de reconnaissance, point n'est besoin de la mitre d'Or pour elle alors qu'elle avait envie de se recueillir en toute simplicité dans une étable entièrement refaite à neuf.
L'âne eut beau braire et ruer dans les médias, rien n'y fit. Il resterait à l'écart de ce moment, prié d'aller s'occuper des affaires qui lui incombaient et que jusque-là il n'avait jamais su mener convenablement. La mule, prise d'une envie folle de tirer les oreilles à son homologue l'âne bâté, ne voulut cependant pas pousser l'humiliation aussi loin, un peu de charité asinienne ne peut nuire dans pareil cas.
Les palefreniers responsables de l'étable se frottaient les mains. Il est vrai qu'ils n'avaient guère envie de brosser la robe de cette bourrique en fin d'exercice. Seule la respectable mule méritait tous leurs égards d'autant qu'elle avait une foule de fidèles qui lui vouait une admiration sincère ce qui n'était plus le cas, depuis belle lurette pour cet âne à bout de souffle.
L'âne avait pris l'habitude de défiler en son domaine en priant les manants de rester chez eux pour ne pas subir quolibets et jurons. La mule tout au contraire savait qu'elle recueillerait les hourras d'une foule entièrement acquise à sa cause. Si Paris comme on le prétend souvent, et plus encore Notre-Dame, valent bien une messe, autant se dit la mule, la faire en bonne compagnie. Bien pire qu'un canard boiteux, un âne si peu vertueux et gonflé d’orgueil que celui de cette fable eut largement terni son voyage.
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