Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Publicité

Faire le trottoir.

La fin de l'été en pente douce.

 

 

Une histoire de bateau qui s'envenime et voilà un échevin et un de ses concitoyens qui se querellent en faisant et refaisant le trottoir sur une voie de garage. Pour corser le tout, on sent qu'il y a de l'électricité dans l'air et que chacun des deux protagonistes est tout disposé à en découvre, caméra à l'appui. Les réseaux sociaux ont remplacé le prétoire ou plus raisonnable une conciliation qui s'avère impossible.

L'affaire tourne donc au débat de caniveau sans le respect des règles de la courtoisie. On se prend de haut tout autant que le nez pour une marche qui se met en travers de l'automobile du plaignant. L'affaire est si sérieuse que le compteur des vues s'affole, que le ton monte et que le détenteur de l'autorité rit jaune un dossier en main.

Il est bien difficile de prendre position quand la démocratie glisse ainsi tranquillement sur une pente à 15 % qui nous conduit tout doucement vers la société du spectacle. Les deux protagonistes, pardon les deux acteurs l'ont très bien compris puisqu'ils ont choisi de tenir des rôles assez dissemblables. Le premier est le poil à gratter quand le second joue le notable outragé.

Une belle tragi-comédie qui fait fureur et bat des records d'audience alors que Julien s'est courbé sur le dossier pour tendre le micro à nos deux péripatéticiennes qui arpentent désormais ce fameux trottoir pour faire entendre leur voix et racoler le public afin de le convaincre de se rallier à leurs positions divergentes.

C'est l'acmé de la démocratie, le point haut du dialogue et de la courtoisie républicaine qui se présente à nos yeux ébahis. Il y a quelque chose qui ne marche plus dans ce système pour en arriver à une telle farce. Il n'y a sans doute rien de plus urgent à régler dans ce pays pour que les projecteurs se braquent sur un différend qui en un autre temps se serait réglé calmement avec le souci d’aplanir les difficultés.

Mais pour aplanir sans coincer la bulle du niveau, il faudrait mettre en péril le piéton, dont pour une fois, l'autorité publique prend soin, en lui épargnant de se laisser emporter par une pente de 15 % vers la chaussée. Pour satisfaire celui qui demande simplement à ranger son véhicule dans son garage sans abimer son bas de caisse, il faudrait lancer un appel d'offre pour un marché public alors que le brave homme entend rouler dessus.

Il faudrait par la suite examiner les différents devis dans une commission ad-hoc qui serait attentive à ne pas se faire marcher sur les pieds tandis que l'entreprise emportant le projet serait priée de laisser couler un peu de liquidité dans le caniveau. Les travaux nécessiteraient sans doute la fermeture provisoire de la rue, disposition qui réclamerait un décret municipal signé de la main même d'un des acteurs de l’algarade par écrans interposés.

Enfin, le temps nécessaire à la consolidation de l’asphalte, le dit garage à l'origine de l'imbroglio en question, serait provisoirement condamné, ce qui entraînerait ipso-facto une gêne momentanée pour le propriétaire des lieux. Un accord avec les services de la voirie pourrait s'établir pour autoriser une place de parking gratuite le temps de cette période.

Nous mesurons mieux les difficultés qui se dressent sur la voie de la conciliation tant l'affaire est arrivée à un seuil de non-retour. Devant le blocage du dossier, il se murmure qu'un député envisage de lancer une pétition tandis que le chef de l'opposition menace d'occuper le fameux trottoir de la discorde et de se lancer dans une grève de la faim.

Cette ténébreuse affaire a forcément passionné toute la cité johannique même si de source sûre il est permis d'affirmer que ce trottoir de la discorde ne se trouve pas sur le trajet du défilé du 8 mai. L'honneur est sauf d'autant plus que les deux héros de cette algarade facebookienne se sont rabibochés devant les caméras. Et tous les deux, main dans la main seront en mesure de remonter la pente, qu'importe son pourcentage.

 

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article