Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.
10 Septembre 2026
Une expression sans conséquence.
La langue contemporaine semble tenir plus du sport de combat que de la démonstration fine et de l'analyse de cause à effet des faits qui méritent une narration entre amis. Les coups pleuvent dans un langage asséné à coups de locutions adverbiales qui se libèrent de la sémantique, du bon usage et des enchaînements d'idées ou d'actions.
Dans les formules qui fleurissent au point de devenir des signes de ponctuation ou même le point de départ d'une phrase dans le meilleur des cas, le « du coup a le vent en poupe pour frapper les esprits et attirer l'attention d'un interlocuteur qui ne verra pas malice dans cette avalanche de coups de poings assénés à une langue privée de point ou de signe de ponctuation.
Nous tombons sous les coups de cette formule assommante qui finit par alourdir l'expression sans jamais clarifier la pensée, ce qui du reste est la spécificité de la novlangue. Conséquent à sa multiplication, cette formule balaie d'un revers de main la complexité des relations de cause à effet au seul profit du résultat final. Raccourci fort commode pour qui ne souhaite pas entrer dans les détails, soigner sa description, fournir tous les éléments de l'anecdote relatée.
En conséquence de quoi, le locuteur moderne va à ce qu'il pense être l'essentiel, ce qui surnage à la surface de ce verbiage allégé. Point n'est besoin d’alourdir son propos avec des compléments circonstanciels, de tenter de faire la nuance entre cause, conséquence, moyen et but alors que seul le résultat compte dans cette société de la simplification à outrance.
Corollairement à cette facilité déplorable, le lexique prend la même pente, se réduisant au strict minimum, se permettant même de raccourcir les mots employés pour gagner du temps sans doute. Le gain de temps est inversement proportionnel à la clarification de l'expression, à sa richesse et à son pouvoir de description. Qu'importe, puisque l'essentiel est ailleurs et que désormais les détails deviennent superfétatoires.
Partant de ce constat, ce présent billet du coup n’a aucune chance de semer le trouble dans l'esprit des adorateurs de la formule. Ils ont depuis longtemps décroché devant un tel propos aussi nébuleux qu'abscons même pour ces jongleurs de mots en rafale qui participent aux concours d'éloquence. La langue scandée et débitée à toute vitesse aime tout particulièrement ce « du coup » qui rivalise parfois avec son corollaire « voilà ».
Subséquemment, cette démonstration demeurera lettre morte chez les personnes affublées de cet affreux tic de langage tout en tentant de faire les délices des derniers amoureux de la langue. Il est permis de se gausser de ceux qui nous traitent du coup de vieux cons avec une certaine justesse dans une formulation certes quelque peu lapidaire mais assez pertinente.
De fait et ipso facto, ce billet est une forme de coup d'épée dans l'eau, de coup foireux tout autant qu'un geste désespéré pour lutter contre l'air du temps, la tendance, les nouvelles expressions. Ce n'est qu'un jeu, un coup pour rien pour la seule beauté du geste, le plaisir d'aligner les locutions adverbiales qui entrent désormais dans la vaste catégorie des formules en voie de disparition.
Ainsi c'est donc la tête haute que je vais pourvoir achever cette défense et illustration de la langue française, aussi vaine aujourd'hui qu'une leçon de morale ou une requête en déontologie pour nos représentants politiques. Leur langue de bois n'est sans doute pas innocente dans cette simplification outrancière de la langue, une forme de riposte d’auto-défense face à leur logorrhée vide de sens.
Donc, dans les deux cas, les uns et les autres s'évertuent à parler pour ne rien dire, à fuir la complexité de la réalité, à noyer le poisson qu'on ne prend plus à la pêche au coup. Du coup sonne le glas de la sophistication de l'expression orale pour la dépouiller jusqu'à la vider de toute substance.