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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

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Des traits en commun.

D'une rive à l'autre…

 

Nombre de nos villes et villages sont nés au bord d'une rivière. Ils y ont grandi avec la présence tutélaire d'un cours d'eau qui a façonné leurs histoires, leurs architectures, leurs économies respectives, chacune évoluant en fonction des spécificités de ces voisinages qui n'ont jamais été de tout repos. Longtemps, nos cités étaient tournées vers ce qui constituaient à la fois leurs poumons économiques et de sourdes menaces. Elles bâtirent des forteresses et des remparts pour se préserver des invasions par les flots et des quais pour faire fructifier le commerce.

Dans ce passé, il reste désormais des quais inutiles, des anneaux d’amarrages, des noms de rue évocateurs d'une activité riche et variée, des ponts. L'air du temps a redonné vie à ces rives en y installant des guinguettes, des terrasses, des animations et parfois des fac-similés approximatifs des embarcations d'antan. Les rivières devenant un argument touristique et surtout, la promesse d'un itinéraire au long cours pour les marcheurs et les cyclistes.

Dans maints endroits, au-delà de ces points communs qui se déclinent de manières différentes suivant la nature et l'importance du cours d'eau, il y a un témoin du lien fort et mémoriel de toutes ces cités avec la rivière qui les borde. Il n'est guère possible d'y échapper, un trait commun, témoin de craintes, de peurs, de malheurs et qui pourtant passe le plus souvent inaperçu pour le regard du quidam contemporain.

Qu'ils soient gravés sur un mur, une porte, un monument, qu'ils soient encore enchâssés dans un disque en matière plastique ou en métal, ils portent une marque flanquée d'une date. On les nomme les traits de crue et ils sont censés avoir une fonction mémorielle tout en rappelant aux habitants que le risque demeure sur leur tête, comme une épée de Damoclès.

Les institutions ont pris le relais des traits de crue sur les murs des particuliers. Une marque rouge et ces fameuses dates durant lesquelles la rivière a semé le désarroi et la désolation lors de ces terribles furies qui ont marqué les esprits en provoquant ravages et morts. Pour les organismes officiels, le message se veut pédagogique, mettant en garde sur l'éventuel retour de l'immense vague indomptable…

Curieusement, depuis, on ne compte plus les constructions autorisées en zone inondable, comme si ce trait commun qui caractérise toutes nos villes riveraines d'un cours d'eau n'avait servi à rien. Il est vrai que pour l'humain, l'expérience n'est que du seul usage de celui qui a subi la catastrophe alors que tous les autres sont réfractaires aux avertissements du passé.

Il suffit de se promener au bord des rivières à travers le pays pour être impressionné par la multitude de ces avertissements qui semblent d'un autre temps. Qui les regarde encore alors que parfois, il faut lever la tête et se rendre compte alors de la puissance potentielle de ce cours d'eau qui sommeille ou se traîne misérablement à quelques pas de là.

Alors, en toute confiance, chacun se dit que pareille manifestation ne se reproduira plus, que les temps ont changé, que les humains ont profité des expériences passées pour mettre en place des installations préventives, des systèmes de protection, des dispositifs de contrôle et d'alerte. On se rassure comme on peut tout en finissant par transformer ces terribles traits de crue en vestige d'un temps révolu.

Tôt ou tard pourtant, l'eau qui dort et dont plus personne ne se méfie, surgira à nouveau à l’improviste, roulera à nouveau les épaules, feulera comme une bête sauvage, charriera déchets et cadavres avant que d'envahir ces territoires qui ont toujours été sien, en dépit des digues, des levées, des barrages et des ouvrages de régulation. Ne l'oubliez jamais, un jour ou l'autre, vous ne pourrez pas dire que c'était imprévisible.

 

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