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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

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De mal en Pisa.

La décadence à la française.

 

 

Jean Geoffroy

Pour tous ceux qui sont sortis auréolés alors d'un diplôme de l'éducation nationale qui représentait en ce temps-là quelque chose de tangible et sérieux, l'état désastreux de notre école est une souffrance sans nom. Bien sûr, nous n'étions pas dupes tandis que de réformes en réformes nous comprenions que les intentions du législateur visaient à abaisser toujours plus le niveau réel en dépit de discours ronflants aussi creux que les vieilles badernes les mettant en place sur le terrain.

Se parant de modernité, d'objectifs louables et d'un grand dessein universel, tout fut mis en œuvre pour transformer les classes en garderies toujours plus attentives aux phénomènes de société, aux sujets à la mode, aux impératifs économiques en oubliant les fondamentaux d'un système scolaire cohérent : Lire - Écrire - Compter - Parler - Réfléchir.

L'enfant devenait un futur citoyen consommateur, inscrit dans la marche du temps, capable d’utiliser les moyens techniques que le progrès mettait à sa disposition, au fait des notions à la mode comme le développement durable, l'éducation à la citoyenneté sans oublier son corollaire routier et tous les sujets que l'actualité mettait en avant. Simple omission de nos pondeurs de programme à la chaîne, la lecture et sa compréhension, l'écriture et la maîtrise d'une langue élaborée, le calcul et l'expertise des situations problèmes durent laisser la place à ce qui ferait des enfants de futurs membres d'une société civilisée.

Nous mesurons un peu plus chaque jour l'abrutissement général, la perte des compétences essentielles pour aborder pleinement les grands enjeux d'un monde en perpétuelle évolution. Mieux valait tenter de courir après la modernité et ses avatars que de constituer un socle solide et durable d'outils éternels pour aborder en conscience le progrès.

C'est ainsi que l'école a produit des cohortes d'enfants ne sachant plus donner du sens à ce qu'ils lisaient mais capables d'utiliser à merveille tous les nouveaux outils de la communication dans une langue appauvrie. Remarquez, il fallait bien se mettre au niveau des responsables politiques qui de leur côté passaient du grand discours élaboré aux injures et querelles stériles. Plus on appauvrissait la formation de base, mieux les individus se plaçaient au niveau de ceux qui dirigeaient leurs destinées.

Dans cette honteuse casse éducative, les enseignants ont eu naturellement leur part de responsabilité, acceptant pour la plupart d'obéir à des directives ineptes, des injonctions à relever les notes déplorables, des programmes sans queue ni tête, des missions qui les éloignaient toujours plus de leur cœur de métier. Ils eurent aussi à subir non seulement l'insupportable pression du corps des inspecteurs, tous plus soucieux les uns que les autres de leur plan de carrière que de l'intérêt réel des enfants mais plus encore des suicidaires attentes des parents qui préféraient se nourrir d'illusion que d'accepter la réalité du niveau réel de leurs rejetons.

L'enquête Pisa comme chaque fois depuis de nombreuses années, vient tirer la sonnette d'alarme avec cette fois une estimation de deux années de retard chez nos têtes blondes, brunes, crépues ou colorées sans distinction de classe sociale ou d'origine à l'exception naturellement des réserves pour enfants des classes dirigeantes. C'est pourquoi un politicien aussi peu éclairé que nos enfants en a conclu qu'en commençant l'école dès l'âge d'un an, le retard dénoncé serait résorbé. Vous pouvez mesurer le niveau de réflexion de nos élites.

Cette fois, la situation est si préoccupante qu'ils se décident tous à interdire le portable à l'école, limiter l'usage des réseaux asociaux, inciter les enfants à la lecture, réclamer le retour de l'ordre et de la discipline alors qu'ils s'y sont tous mis pour promouvoir tous les outils et les moyens qui permettaient de faire des enfants des tyrans domestiques prescripteurs d'achat pour le plus grand profit du système capitaliste mercantiliste tout en se doutant bien que des imbéciles feraient des électeurs prompts à croire toutes leurs sornettes.

 

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