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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

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Ça fait mauvais genre.

Un marqueur simplement discursif ?

 

 

Chloé Cruchaudet

Alors que la société n'a jamais autant été déchirée par des querelles, des conflits et même des homicides à propos des différentes interprétations, des manières d'envisager tout autant la notion de genre, ce terme se glisse dans le langage courant, devenant un adverbe invariable ce qui est assez singulier à son propos.

Il semble avoir pris la place de Style qui un temps joua ce rôle évasif pour exprimer une pensée qui justement se passe aisément de précision dans l'évocation des circonstances. À la manière d'un « Voilà » qui ne vaut guère mieux, cette formule a mauvais genre pour qui aime la syntaxe française.

Du coup, nous sombrons dans un boulgi-boulga d'expressions orales pour lequel la concision de l'élocution, son absence de détails, son refus de la complexité ne risque pas d'enfanter des phrases complexes ou pour le moins élaborées et riches en descriptions. La langue suit donc le même chemin que la sexualité où le genre se pare de frontières floues, fluctuantes mais parfois porteuses d’ambiguïtés et de conflits.

Ce n'est donc pas un hasard si ce terme qui pour le moins pose problème dans son acception génétique s'est glissé dans les bouches des gens à la mode, des jeunes et des individus branchés. Il faut se pénétrer de cette nécessité de contourner l'obstacle d'un débat de société en mettant à toutes les sauces ce mot qui perd par voie de conséquence toute sa signification passée.

Chloé Cruchaudet

Descendu de sa fonction classifiante, distinctive, réductrice dans certains cas, ce genre en perdant sa spécificité ouvre les portes du flou, de l'indistinct et du paradoxal. Pourquoi diantre glisser du Genre à toutes les occasions, pour un bon coup comme un mauvais, en pensant faire style dans ce verbiage de la castration de l'éloquence.

Le terrain est glissant pour qui veut mettre le doigt sur les dérives d'une langue qui s'appuie sur les travers de la société pour développer ses tics de langage, ses formes discursives du discours dans un brouillard sémantique qui voilent la faiblesse du lexique et l'absence de réflexion avant la prise de parole.

Faire de Genre une locution adverbiale est une hérésie tout autant qu'une manière de banaliser un concept qui doit passer à la moulinette d'une évolution qui nous sort des chemins tracés de toute éternité par une pensée biologique de la répartition des rôles entre le masculin et le féminin. Le Genre n'échappe plus à l’arasement des représentations traditionnelles, à la mise sous le boisseau des préceptes religieux.

On castre le langage tout autant que les individus en leur mettant dans l'esprit des formes aussi réductrices d'une parole qui ne peut engendrer nulle pensée élaborée. Quand il n'y a plus gestation de la pensée, élaboration d'une réponse structurée pour un discours qui sera alors offert à des interlocuteurs sans précipitation et avec articulation, il est certain que le but ultime est de réduire à son niveau le plus faible possible la fonction de l'échange des idées.

Bien sûr, je vais être taxé de tous les maux pour oser donner du sens à des mots, que l'on sort de leur contexte pour en faire de simples objets conversationnels dénués de valeur. C'est parce que ce grand mouvement de fond ne fait que s'accélérer, qu'il gagne toutes les couches et les catégories de la société, qu'il y a lieu de s'interroger pour le moins, de s'inquiéter plus encore sur le sens de ce phénomène qui relève du raz de marée.

Illustrations BD " Mauvais Genre " de Chloé Cruchaudet

 

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