Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Publicité

Acrimonie

La fin justifie-t-elle ce chagrin ?

 

 

Ils se sont appréciés, se sont rapprochés. Ils se sont étonnés de se trouver en symbiose malgré toutes ces différences qui finirent par créer une barrière difficile à surmonter. Ils ont bien essayé d'abattre les obstacles, ils parvinrent seulement à se faire un peu de mal. Ils se lièrent d'amitié à défaut de concrétiser une relation plus forte, une fusion qui ne pouvait se réaliser.

C'est fort d'une complicité qui confinait à une passion inassouvie qu'ils ont décidé d'enfanter une belle idée, un environnement qui unissait leurs passions respectives. De cette création naquit une association à laquelle se fédérèrent ceux qui se reconnaissaient en eux, en leur amour de la culture, en leur désir du partage.

Leur enfant a prospéré sans que jamais ils ne parviennent à franchir les réticences qui leur interdisaient de fusionner véritablement. Ils devinrent un duo qu'on pensait inséparable tout en comprenant qu'il ne ferait jamais couple. Qu'importe puisqu'il y avait leur œuvre commune, le fruit d'une relation platonique.

Dans pareil cas, la frustration n'est jamais loin, les tensions naissent, des incompréhensions surgissent. Ce jeu du je t'aime moi non plus laisse toujours des plaies et des souffrances qui finissent tôt ou tard par s'enkyster. Ils ne prirent pas garde à se protéger, agissant comme si les corps exultaient encore.

Le temps passa et les aléas de la vie laissèrent place à d'autres rencontres. Ils continuaient d'œuvrer main dans la main alors que d'autres mains avaient fait éruption dans des intimités devenues respectives. C'est alors que l'évidence se fit : rien n'était simple dans ce jeu des sentiments et des désirs.

Un malaise naquit qui petit à petit se nourrit alors de propos maladroits, de regards fuyants, de chuchotements inquiétants, de petits signes qui laissent songeurs. Une petite faille se fit crevasse avant que de s'accroître encore et provoquer un gouffre d'incompréhension. Les plaques tectoniques à force de s'écarter allaient provoquer un tremblement de terre. L'atonie supplanta la vitalité dans ce qui allait devenir un champ de ruine.

Le séisme eut lieu, il fallait s'y attendre. Bien des observateurs avaient constaté les signes avant coureur. Ce fut une catastrophe, un cataclysme qui impliquait ceux qui les avaient suivis. Il se passa alors ce qui se trame dans les histoires de couple : dans leur entourage, les amis, les proches sont sommés de choisir, comme s'ils étaient de la liste notariale des biens à se partager.

Pour sceller le conflit, entériner ce que chacun avait subodoré, la toile devint le théâtre des déchirements. Sans pudeur, sans nuance sans doute, des phrases assassines furent couchés sur un réseau devenu asocial. L'acrimonie prenait le pas, dans toute sa raideur, sa dimension impitoyable et définitive. Il fallait expurger ce qui restait des sentiments amicaux par des sentences définitives.

Ce qui avait été créé volait en éclat. Une tornade était passée par là. Les mots avaient autrefois servi de truchement à ce qui allait devenir une aventure culturelle. Les maux balayèrent toute forme d'expression audible. Un raz de marée emportait les bons sentiments d'avant. C'était à croire qu'il était d'impérieuse nécessité de laisser derrière eux un champ de ruine.

Bien sûr, rien n'est jamais aussi simple. Il y a derrière le psychodrame théâtralisé et mis en scène, un drame personnel plus douloureux encore, de ceux contre lequel tous les êtres humains finissent par se fracasser. Mais fallait-il tout détruire pour que le naufrage fut complet ? Je ne suis pas à même de répondre moi qui suis toujours bon à mettre des mots dérisoires sur cette plaie purulente.

 

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article