Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.
30 Août 2026
Émilie et son Joseph
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Joseph né une année après l'entrée dans le XIX° siècle n'eut pas le temps de connaître la vie qu'il se retrouvait déjà au petit séminaire dès l'âge de 10 ans. Peut-on croire en une vocation si précoce pour ce gamin né à Saint-Martin-d'Abbat ? Quinze ans plus tard, il est ordonné prêtre en pleine force de l'âge. Il fait ses premiers pas dans la prêtrise à Puiseaux avant que d'être tenté par le diable dans sa seconde paroisse, Auxy.
C'est sous les apparences d'une charmante soubrette, Émilie Gaigné, bonne d'un curé qui a conservé un cœur sous la soutane que va se nouer un amour qui fera fi du qu'en dira-t-on, de la morale publique et des convenances. Ces deux-là vont traverser des épreuves, des tempêtes, sans malgré tous ces obstacles, se départir d'une merveilleuse passion.
Les relations avec son supérieur épiscopal : François Nicolas Madeleine Morlot, l’évêque d'Orléans sont houleuses non pas pour ses frasques amoureuses mais pour ses positions politiques. Pour ce prélat fervent soutient de Louis-Philippe, le péché de chair n'est rien en comparaison avec des idées libertaires et républicaines au nom desquelles, faute suprême, Joseph enseigne aux enfants sans autorisation.
Le voilà défroqué, ce qui ne le dérange guère d'autant plus qu'il ne goûtait guère cette vêture noire et sinistre. Le chapeau tricolore lui sied à merveille et comme c'est un homme de goût, il y adjoindra plus tard une écharpe tricolore qui lui sied à merveille.
Ayant abandonné l'habit de deuil et vivant ouvertement son amour avec sa belle Émilie, il est élu capitaine de la garde nationale de Saint-Martin-d'Abbat tout en rédigeant des textes pamphlétaires dans la presse locale. L’évêque, non content de l'avoir expulsé de son cheptel tente de plus de faire interdire ses articles.
Les esprits s'échauffent du reste au mi-temps de ce siècle. Joseph fut élu maire de Bouzy en 1848 puis obtint ensuite un bon score à la députation. Il est pris dans la tourmente des émeutes de 1850 et se voit révoqué de ses fonctions par le préfet qui avance main dans la main avec l'évêque.
La mauvaise passe continue pour lui puisque deux ans plus tard il est jeté en prison. Accusé d'avoir fomenté une insurrection, on ne prête qu'aux riches, il se voit couvert d'opprobre par le pouvoir et ses représentants locaux. Qu'il fût de plus curé défroqué n'arrange rien, c'est lui qui va porter le chapeau et se retrouver exilé sans doute en Algérie par un Louis Napoléon Bonaparte chaud du couvre-chef. Joseph ne cessera d’écrire des lettres enflammées à celle qui est restée en France.
Sa chaste pénitence va durer jusqu'en 1859. Joseph en rabat de ses postures militantes et en vient même à supplier le désormais Empereur de le gracier, jurant sur ses grands dieux qu'il se range derrière son pouvoir. C'est ainsi qu'il rentre à Bouzy pour retrouver son amoureuse et couler des jours heureux avec son Émilie d'autant que malgré cette vie tourmentée, il se trouve à la tête d'un important patrimoine immobilier.
Le couple, loin des idéaux d'autrefois, se retire dans le Château de Saint Aignan. Ils vivent encore de longues années de bonheur jusqu'à ce que Émilie quitte son Joseph pour l'autre monde en 1875. Sa tristesse est à la hauteur de la passion qu'il voua à cette femme. Sa santé se dégrade et c'est alors qu'il songe à immortaliser leur amour par la création d'une spectaculaire sépulture.
Le sculpteur orléanais Alfred-Désiré Lanson réalise ce tombeau monumental au milieu de l’étang situé sur sa propriété, sur une île artificielle rectangulaire, flanqué de deux statues incarnant la Liberté, la Science. On peut encore voir ce curieux monument en passant sur la route. C'est là que Joseph rejoindra son Émilie à sa mort en janvier 1881. Il s'est éteint à Genève après avoir passé 8 mois chez un pasteur réformé qui était devenu son confident.
Les corps des deux amants seront exhumés en septembre de la même année pour partager leur éternité sur leur Île. La légende prétend que Nigra, la chienne de Joseph aura accompagné ses maîtres dans leur dernière demeure. Nul ne pourra jamais nous le certifier.
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