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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

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Morigéner pour mieux chapitrer.

Admonestations en tous genres

 

 

Francis William Edmonds

Il est des verbes qui semblent être sortis du lexique commun alors qu'ils n'ont jamais été autant nécessaires tant les transgressions, les délits, les irrégularités et les manquements à l'éthique, au civisme et à la déontologie deviennent le lot commun à tous les échelons de la société. Le prêtre et l'instituteur ont totalement perdu leurs rôles de régulateur et administrateur des consciences tandis que les forces régaliennes ne sont plus au service des citoyens mais simplement à leur contrôle et au maniement du bâton.

L'humain qui a encore une once de civisme, de conscience morale et d'éducation en vient à n'avoir de cesse de s'indigner devant les innombrables dérapages et manquements quotidiens aux règles du vivre ensemble qu'il déplore chaque jour. Que lui reste-t-il à faire pour éviter de sombrer dans l'indifférence et la cécité feinte qui sont devenus les refuges de nombre de ses semblables ?

Ne rien voir et ne rien dire pour éviter les représailles, les insultes, les coups et pire encore, telle est devenue la ligne de conduite de l'individu de base qui se moque désormais comme de colin tampon de toutes les incivilités auxquelles il assiste chaque jour. Cette posture est confortable, elle évite les ennuis tout en ne permettant plus la régulation que jadis chacun se faisait fort de mettre en action dans sa vie de tous les jours.

Réprimander un tiers qui commet une infraction, une impolitesse, une faute ne se fait plus. Le risque est trop grand de se voir répondre « De quoi je me mêle ? » comme si le vivre ensemble ne supposait pas un accord tacite d'une régulation collective de tous les petits travers que chacun est amené par inadvertance à commettre. La réprimande verbale n'est plus de mise puisque chacun est désormais convaincu que seules les répressions policières ou judiciaires peuvent amender les fautifs. Chacun délègue sa part de responsabilité dans le pacte social qui est battu en brèche.

Admonester, c’est passer à l'étape suivante, faire référence à la morale, notion qui n'a plus lieu d'être quand la liberté individuelle prend le pas sur toute autre considération pour permettre un mieux vivre ensemble. Nul n'entend renoncer à sa marge de manœuvre sans plus jamais se soucier des gênes, inconvénients, désagréments qu'il pourrait occasionner à l'autre. La morale collective n'a plus sa place dans ce contexte qui est largement influencé par un libéralisme qui entend faire de chaque individu un électron libre capable de satisfaire tous ses désirs pour la prospérité d'un système qui se passe de tous principes moraux.

Chapitrer si l'on s'en tient à son sens originel consisterait à se lancer dans une réprimande publique ce qui est parfaitement inimaginable dans ce contexte d'individualisme forcené. Nul ne doit rendre de compte devant ses pairs et si jamais il se trouve en but à une sanction de type administrative ou judiciaire, il convient que cela reste parfaitement secret. La sanction peut-être mais dans le plus grand secret. Alors une leçon de morale en public, vous n'y pensez pas !

Gourmander renverrait au pilori, à la marque d'infamie qui cette fois est totalement inenvisageable et à juste titre. Plus personne n'imagine porter sa gourme, sa faute comme le supportaient jadis les pauvres cancres avec leur bonnet d'âne. Voilà bien une manière de montrer au doigt qui ne devrait plus exister et paradoxalement ce sont les réseaux sociaux qui se chargent honteusement de réactiver ce procédé d'un autre âge, la puissance protectrice de l'anonymat permettant toutes les plus belles saloperies.

Morigéner, ce serait le pompon puisque ce terme impliquerait des moyens supérieurs aux précédents. On pourrait évoquer ainsi le sermon qui a une connotation religieuse pour placer ce terme au sommet de ce banc d’infamie qui ne fonctionne plus. Je risque même de me faire tancer pour avoir écrit ce prêche civique passé de mode à moins que certains poussent le bouchon plus loin et me passent un vrai savon en me vilipendant. En attendant, certains ont découvert quelques mots qui pourraient leur être fort profitables.

Mary Evans

 

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