Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Publicité

Les ponts sont coupés.

La rive abandonnée.

 

 

Un visionnaire selon les uns, un grand artiste pour d'autres, un trublion culturel pour certains, un illuminé pour les autres se retrouve le bec dans l'eau face au virage autoritaire qui a conduit notre échevin à ne pas autoriser la fête des Duits. Depuis bien longtemps déjà, les relations entre le saltimbanque et l’édile n'étaient pas au beau fixe. Un fossé d'incompréhension s'était creusé entre eux, profitant de la Loire pour surélever, si besoin était, la digue longitudinale qui en cet endroit sert de frontière infranchissable.

La politique de la chaise vide, le refus du dialogue public auguraient déjà des lendemains délicats pour cet espace culturel en plein air qui avait l'insupportable inconvénient de recueillir bien des suffrages parmi une frange de la population locale n'ayant pas le bulletin de vote qui penche du côté de la mairie. Il est vrai que les habitués de La Paillote représentaient une parcelle incontrôlable certes mais infime de la population locale.

Prétendre à une culture non formatée, issue du terrain, non estampillée par les grandes sociétés de production, c'est mettre sur le devant de la scène des individus qui sont capables de tenir des propos désagréables, d'afficher des valeurs qui ne sont pas celles qui sont mises en avant par cette France du redressement national que défend notre bon maire. Des artistes hirsutes, des spectateurs libertaires, voilà bien un endroit qu'il convient de mettre à la raison.

Même si de mon côté, j'ai renoncé à me produire en ce lieu, je n'en défends pas moins l'existence et son rôle dans un paysage culturel local qui penche par trop du côté de la distraction sans prétention ni ambition autre que de réunir une masse docile, obéissante et prompte à dépenser beaucoup pour remplir des salles surdimensionnées.

Les artistes locaux se verront ainsi privés de l'un des ultimes espaces ouverts au spectacle vivant que l’on peut qualifier d'artisanal, d'émergent ou de confidentiel. Le désir d'uniformisation de nos dirigeants passe par une politique d’obstruction entravant les initiatives de cette nature. La culture de bon aloi ne doit pas donner à réfléchir, ne peut être porteuse d'émancipation du plus grand nombre. Les résidents de cette métropole sont invités à se presser en masse pour jouir d'animations à grand spectacle, totalement dénuées de la plus petite réflexion.

Ne nous y trompons pas, il y a là non pas une dérive venant d'un élu qui entend exprimer sa conception de la chose mais bien plus un mouvement d'envergure qui touche nombre de sensibilités politiques au nom d'une rigueur budgétaire qui paradoxalement ne compte guère quand il s'agit de s'offrir des affiches vedettes. La peur de la dissidence a toujours été le propre des pouvoirs qui craignent pour leur pérennité ou doutent de leurs valeurs. Nous sommes typiquement dans ce cas de figure qui présage des temps encore plus sombres pour les artistes de la marge.

La culture officielle ne doit pas inviter à la réflexion, proposer un voyage dans un imaginaire périlleux, offrir d'autres formes artistiques que celle imposées par les grands médias ni encore moins libérer le désir créatif. Une bonne proposition culturelle place le spectateur en situation de consommation passive et stérile d'une manifestation spectaculaire, bruyante, clinquante et dénuée de tout message.

Dans ce contexte, cette annulation de la fête des Duits est significative d'un glissement de plus en plus manifeste vers une société robotisée, standardisée, aseptisée, uniformisée. Ceci participe à ce désir inquiétant de nos responsables de tous bords de conditionner en les infantilisant des citoyens qu'ils tirent toujours plus vers le bas. Nous sommes embarqués sur une pente dangereuse sans que ceux qui en sont les initiateurs aient pleinement conscience des périls qu'engendre leur absurde politique d'une culture factice.

J'espère, quant à moi, qu’exprimer une opinion ne condamne pas à la mise au ban dans ce qui est encore une démocratie même si certains ont tendance à refuser le débat ou plus encore, la contradiction tandis que cet organisateur si bienveillant n'a rien trouvé de mieux que de me rayer des amis de sa Paillote.

 

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article