Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Publicité

Les douze grelots de cuivre.

À la rencontre du passé.

 

 

Il est une brocante sur la pointe nord de l'Île d'Oléron ou le badaud risque de se perdre dans les arcanes d'un bric-à-brac redoutable, d'un amoncellement prodigieux de vieilleries hétéroclites, bizarres, étonnantes parfois, surprenantes tandis qu'il est bien difficile de ne pas se lancer dans un voyage dans le temps, pourvu qu'on dispose d'un peu d'imagination.

L'équilibre incertain de cet empilage savant ne permet pas toujours de prendre en main l'objet qui vous attire comme un aimant, vous souffle dans le creux de l'oreille qu'il apprécierait que vous lui consacriez un peu de temps avant que de succomber à son mystère par la grâce d'une dépense assez raisonnable. C'est du moins ce qu'affirmera le maître de cette caverne d'Ali Baba.

Découvrant ce trésor de l'obsolescence mirifique, je me perdais en contemplation lorsqu'une ceinture d'un cuir solide et patinée attira mon attention. Elle était munie d'une boucle à deux ardillons épais tandis que le long de la large lanière, trônaient en majestés 12 grelots en cuivre de tailles et de formes différentes. À quoi diable pouvait donc servir pareille ceinture ?

Parvenant difficilement à m'en saisir, j'eus comme premier réflexe de tenter de m'en ceindre le buste. Peine perdue, sa longueur était particulièrement loin d'assurer mon tour de taille. Ce n'étaient donc pas des humains qui se servaient de la chose. De dépit, j'agitai la ceinture et fut particulièrement étonné du son mélodieux qui en sortit.

Le brocanteur, poète, chanteur, dramaturge, parolier, naturellement sensible à la musique m'expliqua alors qu'à l'époque, les fondeurs de grelots se faisaient un malin plaisir à les fabriquer de tailles différentes, de diamètres distincts pour que chacun d'eux donne une note précise qui trouvera sa place dans un harmonieux accord qui signalait aux oreilles attentives, l'origine de l'agréable tintement.

Je n'étais pas plus avancé sur l'usage et le nom de ce musical objet, témoin de l’ingéniosité et du goût de nos artisans passés. L'antiquaire était lui aussi dans l'ignorance sur ces deux points non sans penser qu'il avait acquis cet objet dans un ensemble lors d'une vente aux enchères, il y a fort longtemps de cela. Avec un peu de chance, dans le même coin de son prodigieux capharnaüm, la vérité éclaterait au grand jour sur un tapis de poussière.

Nous nous mîmes en quête de ce qui pouvait correspondre à la ceinture aux douze grelots jusqu'à découvrir une sacoche faite du même cuir épais sur laquelle était gravée un cor de postillon flanqué d'une fleur de lys et d'un cheval. La sacoche avait une grande contenance et largement marquée par les outrages du temps. Un cordonnier aurait dû reprendre maintes coutures.

En menant quelques investigations sur cette formidable mémoire collective numérique, je découvris que j'avais affaire à la sacoche d'une diligence de la poste, qui allait de relais en relais éponymes sur les routes de France. Le fameux collier devait avoir un rapport avec ce lointain ancêtre de nos voitures jaunes flanquées de l'oiseau postal bleu.

En évoquant l'oiseau, la lumière jaillit dans mon cerveau d'explorateur. Les grelots devaient trouver naturellement leur place au niveau du cou des chevaux, sans doute pour signaler leur surgissement sur la piste. Ce devait donc être un avertisseur sonore en une époque qui avait le souci de la mélodie, sans briser les oreilles des passants.

Il ne restait plus qu'à découvrir le nom qui finit par surgir au fil d'un article sur la poste au XVIII° siècle. J'avais découvert une grelottière qui me touchait d'autant plus que les grelots avaient la même facture que ceux que mon père bourrelier plaçait aux colliers de traits. Je comprenais mieux pourquoi cet objet m'avait tant attiré.

 

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
F
"j'avais à faire à la sacoche d'une diligence" : cette formule est incorrecte. C'est "j'avais affaire à la sacoche d'une diligence" qui convient
Répondre
R
Florence<br /> <br /> Je suis honteux
L
Bon, je n'étais pas loin, je n'ai pas pensé aux chevaux puisque le tour de cou dépasse sûrement votre tour de taille... J'ai pensé à des animaux de pâtourage.
Répondre
R
LH<br /> <br /> Je suis resté volontairement imprécis<br /> Nul ne viendra contrôler mon tour de taille <br /> qui est phénoménal