Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.
8 Août 2026
Pas seulement qu'un bâton de marche.
Notre bon roi Henri avait grande et flatteuse réputation dès qu'il s'agissait de courir la gueuse. Son insatiable appétit et sans nul doute, ses performances dans ce domaine, firent qu'on prétendit, non sans ironie, qu'il avait un os dans sa verge. L'affaire eut pu être simple gasconnade si le malheureux ne s'était mis en tête que la chose devait être possible.
Quand on est une tête couronnée alors même que le symbole de ce pouvoir prétendument octroyé par le grand créateur en personne n'est autre qu'un sceptre, il est permis de mettre son cerveau en branle à propos de la concordance des termes qui fit que le fameux os pénien se dit en latin baculum et renvoie au bâton de marche ou au fameux sceptre royal.
Henri qui avait toujours admiré le castor pour sa formidable proéminence, cet appendice plat et écailleux, ignorait que ce formidable élément anatomique n'avait rien de sexuel. On peut mesurer à cette confusion, l'inculture qui régnait alors au sommet de l'État, quoique pareille remarque puisse encore s'appliquer de nos jours.
Le brave Maximilien depuis qu'il était hôte et baron du château de Sully-sur-Loire avait eu tout loisir d'observer ce magnifique rongeur, d'en connaître la morphologie et les vertus. Quand on était comme lui grand Voyer de France, le formidable rôle tenu par cet animal dans l'entretien des rivières et la régulation des crues n'avait plus de secret.
C'est ainsi, que lors d'une conversation à bâtons rompus entre le monarque et son ministre, fut évoqué le curieux appareil génital du castor mâle. Notons au passage que le bon roi n'avait cure de l'anatomie de la femelle, un vilain travers qui perpétua longtemps parmi ses sujets. Comment le lui reprocher de nos jours ?
Maximilien en bon parpaillot se lança dans une savante conférence sans y voir la moindre allusion graveleuse. Il expliqua donc à son roi que le castor n'avait pas de sexe visible mais que celui-ci se dissimulait dans un cloaque, une poche interne. Cet élément compliquait le travail des trappeurs qui n'entendaient prendre au piège que les spécimens mâles.
Le roi fort étonné, voulut savoir comment le malheureux s'y prenait pour remplir l'une des activités qui le préoccupait le plus durant son existence. Naïvement, Sully lui apprit alors que Castor, comme nombre de mammifères était équipé d'un os pénien, appelé baculum et qu'il permettait de rigidifier la chose au moment opportun.
Le roi, désolé d'être démuni de pareil miracle de la nature, voulut en savoir un peu plus sur ce complément prodigieux qui hélas, faisait défaut aux individus de sexe mâle parmi les humains. Sully, toujours innocemment lui expliqua qu'outre les humains, les cétacés et les ongulés subissaient eux aussi pareille privation. Le lapin parmi les rongeurs, en dépit d'une réputation affirmée dans ce domaine, était lui aussi de la revue.
Ce détail sembla calmer le courroux du Navarrais qui cessa de désirer ce que la nature n'avait pas envisagé chez ceux de sa race. Il se dit de par devers lui, pour ne pas froisser le rigorisme de son cher ministre, que la nature l'avait de ce côté-là assez bien servi et qu'il devait se montrer raisonnable.
Pour clore cette conversation tout en conservant en tête ce désir qu'il ne pouvait s'offrir, le bon roi de ce jour se couvrit le chef d'une toque en poil de castor sans pour autant céder à la pratique d'un certain Davy Crockett qui ne fut jamais son contemporain. Il se contenta d'imiter le premier de ses devanciers à se couvrir d'un tel ornement : Charles VI qui fit par la magie de cette coiffe de nombreux enfants à son épouse : Isabeau de Bavière.
Texte écrit après la lecture du roman de Fred Vargas :
« Dans les bois éternels ! »
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