Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.
10 Août 2026
Hiérarchie territoriale.
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Qu'il soit va-nu-pieds ou bien traîne-savate, qu'il aille sur les chemins avec des bâtons, un sac sur le dos ou qu'il baguenaude benoîtement sur les trottoirs de nos villes et villages, le gueux doit désormais faire révérence et déférence à la petite reine qui a repris le pouvoir sur cette piétaille qui se contente d'aller sur ses deux pattes arrière sans même le secours de la moindre assistance électrique. Quelle misère !
Pour qui en connaît un rayon dans l'art de plus en plus complexe de se mouvoir comme le fit toujours notre espèce, il semble désormais que marcher sereinement, jouir du paysage ou de la conversation d'un tiers, humer l'air du temps et profiter de la mélodie de la nature environnante ne soit plus de mise depuis que la petite reine, remontant le temps, a effectué sa contre-révolution, faisant de sa selle, son nouveau trône.
La petite reine a mis un lion dans son moteur pour rester à la page et rugir à chaque coin de rue d'un coup de sonnette vengeur. Elle a cessé de se faire bicyclette, oubliant d'aller paisiblement sur les chemins avec Paulette, pour faire concurrence acharnée à l'automobile, tombée en disgrâce tout en descendant de son piédestal. Il lui faut se mouvoir vite, filer bon train en s'émancipant des règles d'un code de la route républicain qui ne convient guère à sa nouvelle majesté.
Le piéton n'a qu'à bien se tenir et surtout laisser le passage aux chevaliers des temps modernes, juchés sur des imposants destriers, caparaçonnés, bâtés, équipés de pied en cape pour forcer le passage, charger paquebot en avant pour fendre une foule misérable qui n'a qu'à se garer pour laisser passer les seuls tenants de l'écologie en mouvement.
Tout est prétexte à la domination de cette nouvelle noblesse. N'allez pas vous mettre en tête que sur un passage piéton, vous êtes à l'abri des cyclistes. Il n'est pas question pour eux de céder le passage en acceptant de ralentir ou, humiliation suprême, mettre pied à terre en reconnaissant leur vassalité. Ils foncent le nez en l'air, le regard hautain et l'indifférence souveraine. Comment pourrait-il d'ailleurs en aller autrement ?
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Imaginez donc que même sur un marché, il est des adeptes de ce mode de propulsion qui font leurs courses en conservant leur Rossinante à la main au risque de donner quelques coups de pédale aux consommateurs pédestres. D'un encombrement certain, d'un équilibre illusoire surtout quand le cavalier charge ses sacoches. Leur faire remarquer qu'il existe des écuries pour garer leur monture, c'est prendre le risque d'une totale incompréhension.
En mains endroits, le meilleur ami du cycliste doit l'accompagner le plus loin possible dans ses activités urbaines. C'est ainsi qu'il le suivra sur la terrasse d'un café, devant la porte d'un commerce qu'il obstrue partiellement, et même sur la piste cyclable en cas d'arrêt inopiné, sans se soucier de ses collègues.
Que dire encore de l'envahissement des GR, ces chemins de grande randonnée qui deviennent des vélos routes sur lesquels les cyclotouristes exigent la priorité, oublieux sans doute que ces itinéraires historiques vont fêter leur quatre-vingtième anniversaire en 2027 ? Nous célébrerons dans l'indifférence générale d'une région tout entière vouée au vélo ce premier itinéraire de GR3 d'Orléans à Beaugency le 1 septembre 2027.
Ne voulant pas déranger les élus de la fédération française départementale de randonnée pédestre dans leurs querelles stériles pas plus que les corps (au pied) constitués si indifférents à la marche, j'organiserai une grande randonnée sauvage et contée ce jour-là pour des marcheurs qui renoncent à se mettre un casque audio sur la tête. En longeant la Loire et ses lieux historiques, il y a de quoi alimenter la balade en fariboles et billevesées avant que de rentrer par la voie de chemin de fer.
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