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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

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L'intrus qui fait polémique.

Pour le plaisir de quelques-uns.

 

 

Il est des situations qui attestent que pour certains humains, la planète n'est qu'un terrain de jeu qui doit se plier à leurs désirs ou à des passions qui ne s'inscrivent nullement dans ce qui fit jadis notre rapport à la nature. C'est typiquement le cas des polémiques qu'engendrent un poisson vorace, nouveau venu sur nos rivières hexagonales.

Le silure, venu du Danube, a fait son entrée chez nous pour satisfaire les envies de pêche sportive d'individus qui pensent que torturer un animal pour le sortir de l'eau, le photographier et le rejeter dans l'eau après un combat qui n'est pas sans dommage pour la malheureuse bête, est une preuve de leur amour de la nature.

Dans le même temps, ces sportifs du moulinet se situent au-dessus de ces misérables personnages qui osent encore pêcher simplement pour manger leurs prises, comme le firent de tous temps, les riverains des cours d'eau. Quand ce sont des professionnels qui vivent de cette activité pour fournir les restaurants, cette fois la pratique est si insupportable à leurs yeux d'amoureux d'une seule espèce piscicole (ils n'hésitent pas à sacrifier des vifs pour piéger leurs amis silures) qu'ils sont tout disposés à harceler ou agresser ces pauvres gens.

De plus, les rapports numériques et économiques jouent totalement en leur faveur. Les pêcheurs professionnels sont infiniment moins nombreux que ceux qui en font leur loisir. Les dépenses engendrées par la pêche au coup sont telles que les décideurs politiques, par démagogie, penchent toujours vers le nombre et soutiennent leurs honteuses pratiques plutôt que l'équilibre de nos rivières.

Que le silure progressivement, élimine toutes les autres espèces halieutiques et fasse des ravages parmi les autres animaux : oiseaux, crustacés et mammifères n'a aucune importance pour le bon plaisir de ces aimables tortionnaires. Il convient de les laisser agir à leur guise tout en créant des obstacles innombrables pour les professionnels et tous ceux qui pensent agir, non pas pour leur bon plaisir mais pour l'écosystème de nos rivières.

Bien sûr pour beaucoup, il est difficile de pouvoir envisager qu'un pêcheur professionnel puisse gérer la ressource non pour un bénéfice immédiat quitte à tarir les réserves mais bien pour une gestion équilibrée afin d'assurer la pérennité de son activité et surtout l'équilibre du milieu dans lequel il opère. Il est évident que pour les amateurs de sensations fortes et de clichés en compagnie de monstres, de telles préoccupations échappent à leur raisonnement uniquement fondé sur la satisfaction immédiate de leur ego aussi démesuré que la taille de leurs trophées.

Le plus désolant dans cette histoire réside dans l'aveuglement des responsables politiques qui en dépit des données scientifiques, des analyses et des alertes ne sont pas en mesure de prendre des mesures forcément impopulaires auprès des plus nombreux, des plus véhéments, des plus ras du bulbe. Comme pour le climat, il y a bien longtemps que les élus de haut niveau baissent pavillon et leur culotte devant les groupes de pression les plus puissants et les plus hostiles à la nature.

Avoir une pensée environnementale relève même de la faute de goût dans des fonctions où il convient de brosser dans le sens du poil les plus nocifs à l'avenir de la planète. Il est vrai que dans le cas présent, la disparition des poissons migrateurs ajoutée à celles des espèces endémiques au profit d'un intrus venu de l'étranger sans autorisation de séjour, ni raison valable pèse de peu de poids face au pouvoir de nuisance des nouveaux adeptes d'une pêche sportive non létale en théorie.

Pourtant si rien n'est fait assez vite maintenant, nos rivières ne seront bientôt plus peuplées que de monstres qui finiront par en passer par le cannibalisme animal pour survivre. Une belle perspective sans doute qui risque fort d'avoir d'autres répercutions avec peut-être à la clef des agressions sur l'humain. Ce ne sera pas faute d'avoir prévenu ceux qui sont incapables d'aller à la pêche aux informations sérieuses.

 

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