Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Publicité

Envoyer un message.

La fabuleuse aventure d'une missive…

 

 

Il fut un temps, lointain déjà, où pour communiquer à distance, l'homo-sapiens d'alors prenait une plume afin de rédiger sur un curieux support, qu'on nommait alors papier à lettres. Il me faut de suite préciser quelques détails pour les nouvelles générations. La plume ne s'entendait plus au sens propre, bien qu'il y eût encore quelques nostalgiques qui écrivaient à la plume d'oie. Il s'agit tout bonnement d'un porte-plume ou plus prosaïquement d'un stylo bille, engins rédactionnels disposant d'une réserve d'encre pour laisser une trace sur la feuille. Me suis-je bien fait comprendre ou dois-je vous dire que c'est l'ancêtre du clavier et que la feuille fut depuis remplacée par un écran ?

Autre détail d'importance, le papier à lettres était en général un bloc de feuilles, si possible blanches (nous l'évoquerons bientôt) muni d'une feuille plus épaisse pour ne pas laisser de traces sur les suivantes. Une fois le travail rédactionnel achevé, il suffisait de décoller la feuille de son bloc. Mais n'allons pas trop vite en besogne…

Le choix de la couleur était alors primordial. Le noir seyait aux occasions officielles, sérieuses, aux condoléances et aux longues relations épistolaires (belle occasion d'aller découvrir le sens de ce mot). Le bleu fleurait bon la relation amicale ou l'inexpérience de l'expéditeur. Le rose aimait à couvrir un papier parfumé pour compléter un message largement explicite. Le vert pour se démarquer, le rouge, l'indigo, le turquoise pour marquer un anticonformisme exacerbé.

Puis s'exprimait alors tout l'art de la calligraphie. Les majuscules se devaient d'être rondes, élancées, élégantes en respectant celles de nos leçons d'écriture. La majuscule d'imprimerie était prohibée ou bien marquait l'amateurisme du scripteur. L'écriture, sur ce papier blanc devait être parfaitement rectiligne sans l'usage du moindre subterfuge. Honte à qui utilisait un papier quadrillé. Les interlignes se devaient d'être réguliers eux aussi.

L'alinéa s'imposait au début de paragraphe tout comme la ponctuation afin que le destinataire puisse reprendre sa respiration. Les phrases avaient l'élégance de satisfaire aux contraintes de la grammaire et de la sémantique, le vocabulaire riche, soigné, et l'orthographe le plus proche possible de la perfection. Le pâté, la ratures, les mots rayés vous plaçaient immédiatement dans la cohorte des ânes bâtés.

Dois-je vous préciser que les mots étaient entiers et que nul ne songeait alors à lésiner sur la quantité de signes. Il n'y avait pas de limite à votre prose alors que quelques vers pouvaient parfaitement se glisser dans votre missive. Le message était ce qu'on qualifierait aujourd'hui sans doute de sophistiqué à la fois dans sa forme et son contenu.

La moindre des délicatesses était de remplir une pleine page, la courtoisie de doubler la mise en remplissant son verso. D'autres pouvaient y aller de plusieurs feuillets à la condition de ne pas oublier un bel espace pour une signature ample et harmonieuse. Les mêmes exigences s'appliquaient à ce que vous qualifieriez sans doute aujourd'hui de service de communication et qui se nommait alors une enveloppe.

Je pense qu'il me faut éclaircir vos esprits obscurcis par l'ère de l'immédiateté numérique. C'est un contenant en papier de taille inférieure à celle du papier à lettre muni d'un rabat et permettant de glisser à l'intérieur, la lettre préalablement soigneusement pliée. Sur une face de cette fameuse enveloppe, avec les mêmes exigences graphiques, l'expéditeur notait le nom et l'adresse postale de son correspondant, une sorte d'adresse mail en somme.

Autre élément à prendre en considération, ce document devait être affranchi, c'est à dire dûment muni d'un timbre postal dont le choix avait son importance. Je ne vais pas entrer dans ces détails qui doivent vous sembler ridicules. Une fois toutes ces étapes franchies, il convenait de s'habiller, de sortir de chez soi afin de glisser le tout dans une boîte aux lettres du service postal.

Après un long cheminement, bien trop complexe pour vous, votre message finissait par être porté chez son destinataire par un étonnant personnage à bicyclette qu'on appelait facteur et qui glissait cette merveille de précision dans la boîte aux lettres domiciliaire. Une incroyable épopée, une formidable aventure dont vous ne pouvez mesurer combien elle a fait battre des cœurs, verser des larmes, provoquer émotions et joies bien mieux que ce qui vous sert de message numérique, aujourd'hui.

Il se peut que vous puissiez retrouver ce plaisir simple. Je vous y invite vivement.

 

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article