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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

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Blagues d'origine certifiée

Une belle rencontre en un lieu à préserver…

 

 

Il est un lieu auquel je me fais un honneur de rendre visite à chacun de mes passages sur la magnifique place Nationale de la ville de Montauban. C'est là que se trouve l’antre de Maurice Baux, le bouquiniste émérite qui maintient, contre vents et marées, une boutique dans laquelle la parole est à l'honneur parmi tous les trésors livresques.

Le bouquiniste Bolegayre, homme qui chérit son Quercy au point d'y organiser des rencontres et des racontées sous l'arbre dans la commune de Mouillac, en collaboration avec le parc naturel régional des Causses du Quercy, la réserve géologique du Lot, l’association des Phosphatières du Quercy et l’association Lo Bèl Garric est un agitateur de mots et d'histoires, de récits et contes, d'où sa signature de Bolegayre.

Dans sa boutique, où attendent pour le futur lecteur près de 100 000 ouvrages, le verbe a trouvé son plus fervent défenseur. De son accent chantant, il parle avec amour de sa passion des livres, du mot, des histoires et de tous ces curieux individus qui se refusent à voir mourir à la fois la littérature mais plus encore la langue orale dans l’ancestrale tradition des colporteurs de parole. Installé sur la somptueuse Place Nationale à doubles arcades qui a été créée au XII° siècle pour favoriser le commerce par n’importe quel temps, notre malheureux bouquiniste s'est vu privé d'une part de son étalage extérieur au XXI° siècle par un zélé fonctionnaire local, si bien que lorsqu'il pleut ou qu'il vente, il ne peut plus ouvrir boutique. Curieuse grimace de l'histoire…

Pourtant sa librairie, à l'heure d'Amazon et de la disparition progressive de tels magasins indispensables à la culture locale, est un trésor incomparable que n'importe quel édile soucieux de culture devrait protéger. Lui qui connaît son fond par le cœur, ne dispose pas d'un service en ligne, n'accepte pas d'honorer des commandes par la poste parce qu'il considère que son rôle est d'abord de créer du lien, de communiquer avec des clients qui sont d'abord des amis ou des fidèles (l'un n'empêche pas l'autre). Entrer dans ce haut lieu du livre demeure une expérience qu'il est encore possible de faire en ce pays.

Au fil des rencontres avec Maurice Baux, nous avons échangé des contes, des histoires, des anecdotes, des lectures et mêmes des livres et cette fois-ci, il me fit le cadeau d'une belle rencontre. Un authentique ciseleur de mots, un artisan blaguier comme il a cherché à se faire inscrire au registre du commerce et de l'artisanat.

Gaston Binvéria de son nom de scène fut instituteur avant que de se lancer dans ce curieux métier manuel qui consiste à créer des jeux de mots, des situations, des animations autour de la dimension poétique que peuvent engendrer des mots bien ciselés. Pour permettre à ses clients de mieux entrer dans son univers lexical, il accompagne ses aphorismes, ses saillies, ses blagues d'orfèvre d'illustrations de sa patte si bien que sa dénomination d'artisan n'est en rien usurpée et qu'il faudrait lui adjoindre la dénomination de créateur.

Il eut le pied mis à l'encrier précisément dans la boutique des « Baux livres » lors d'animations qu'il fit à la demande de ce passeur d'émotions. Il a poursuivi son bonhomme de chemin, le sourire aux lèvres et des idées plein la tête, sans jamais sombrer dans la vulgarité de nos humoristes actuels.

Gens du sud-ouest et d'ailleurs, vous ne devez pas hésiter un instant à faire appel à ses services. Mais attention, il ne vous proposera pas des blagues convenues, vues et entendues ailleurs. C'est un orfèvre qui fait du sur-mesure, des pièces uniques, des mots d'auteur taillés spécialement pour son client. De l'humour sérieux, digne, de qualité, fait main et surtout qui passe sans se dissoudre dans la machine à éviter de penser si chère à ces gens qui entendent nous traiter comme des moutons bêlants.

 

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