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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

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Un tout autre monde.

De guerre classe…

 

 

Raoul Dufy

Il est des lieux qui échappent à ce qui fait désormais le quotidien de nos métropoles avec leur diversité abondante, les tenues hétéroclites, extravagantes ou bien alors totalement uniformes. Ici, rien de semblable tant à la fois par une sociologie qui se refuse obstinément à la différence, une manière d'être qui ne semble plus appartenir à notre société et une distinction affectée de componction qui semble indiquer au visiteur occasionnel, qu'il n'est de pas ce monde.

L'endroit n'est certes ni unique ni le sommet de telles pratiques. Il en est de pire sans doute même si je ne m'aventurerais pas à affronter ce microcosme méprisant. La grande Bourgeoisie a pris ses quartiers estivaux. On se demande même comment font-ils pour obtenir un tel bronzage d'une perfection absolue si ces gens ne vivent pas en permanence sous des lampes à bronzer.

Il convient d'admettre que cette teinte de peau est le complet indispensable et artificiel à des tenues où le blanc qu’il soit uni, rayé ou bariolé s'impose sur des corps qui ignorent tout de la surcharge pondérale. Chez ces gens-là, la diététique, la chirurgie esthétique, le sport avec conseiller individuel sont les corollaires à cette merveilleuse exigence du paraître.

Ajoutons les accessoires qui ne doivent en aucune manière dépareiller, au risque épouvantable de faire peuple, gueux, manant, pauvre. La prothèse cognitive et communicative en tête, forcément du dernier cri technologique mais aussi les lunettes de soleil de marque huppée si haute perchées qu'elles sont le plus souvent sur le haut du crâne à moins qu'un chapeau ne vienne concurrencer la défunte reine d'Angleterre.

Raoul Dufy

Ils ont dû prendre des cours de maintien pour s'octroyer une démarche qui n'a rien de populaire. La souplesse du pas, l'équilibre de la posture, le port altier d'une tête soigneusement coiffée, le balancier des mains pour mettre en évidence une joaillerie de chez Boucheron, une tocante si grosse qu'on se demande comment ils font pour ne pas tomber et vous avez là la plus parfaite illustration de la déambulation du rupin de base.

Assez curieusement, le conflit des générations ne semble pas affecter leur manière de se mouvoir en public, les uns ou les autres. Il y a bien des points communs dans cette façon de marcher en apesanteur, de se déplacer comme en état de lévitation. Même lorsqu'il leur arrive de pratiquer le jogging avec tout l'arsenal technologique qu'impose cette pratique, ils flottent plus qu'ils ne courent. Plus étonnant encore, lorsqu'ils promènent un chien en laisse, celui-ci s'est mis au diapason, digne et obéissant, respectueux des cours de dressage auxquels il a eu droit.

L'automobile est un autre marqueur de séparation du commun. Les grosses berlines sont légion tandis que les plus petites sont mini à l'exception du prix d'achat. Nulle bosse ni rayure, la robe de l'engin doit être à l'image de cette cohorte sociale qui, en toute occasion, tient à son rang et à sa classe.

Leurs loisirs sont à l'aulne de ce qui précède. Il convient de rester dans l'entre soi à tout moment de leur existence, loin de cette plèbe qui pourtant les sert et les engraisse. Mais ceci n'est sans doute que la légitime séparation du mérite : celui de la naissance, la seule distinction qui vaille dans ce milieu.

Nous pourrions nous réjouir qu'il existe encore des réserves sur la côte pour permettre à ces peuplades de vivre à l’écart du commun, de cette odieuse population de vermisseaux grouillants. Mais hélas, ils ne s'en tiennent pas à leurs territoires préservés. Il faut encore qu'ils s'arrogent tous les leviers du pouvoir pour maintenir leurs privilèges et prétendre gouverner pour cette population qu'ils méprisent tant et dont ils ignorent tout.

Raoul Dufy

 

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