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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

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Le broc, le braque.

Mécompte bancaire.

 

Jean Paul Schmitt

C'est tout à trac alors qu'il descendait de sa barque sans rame, qu'un quidam au vague à l'âme reçut tout de go un message, une requête de son Broc, une connaissance en toc, bourrée de tics... Ce dernier sans le moindre tact ni la plus petite once de trac, faute de jouer au tric-trac, avait besoin de flouse, d'oseille, de fraîche sans passer par une banque.

Il eut pu c'est certain braquer le guichet, se faire bandit de grand destin, briseur de coffre puis encore fraudeur à la petite semaine. Mais l'homme était rustique, avait des principes tout autant que la frousse. Jouer les chefs de gang, brandir une arme, il en était fichtrement incapable, il aurait fait dans son froc en plein fric-frac.

Il préférait se faire débiteur d'un créancier auquel il entendait laisser éternellement en suspens sa dette. Point d'histoire de fric entre nous, affirmait la main sur le cœur, à l'opposé d'un portefeuille désespérément vide, celui qui avait besoin de liquidité urgemment. Il avait le truc pour mettre à sac les économies de son camarade.

De vagues promesses, des avoirs sur de futurs achats : toujours en fraîche, c'est une règle en or dans la profession, des engagements sur un honneur qui lui faisait cruellement défaut tout comme un compte en banque dûment garni. Pour passer devant le distributeur il lui fallait un tiers, qui fut solvable et bienveillant, à n'en point douter, son camarade avait le profil idoine.

Le rendez-vous fut donné devant la banque, ce qui n'est guère malin puisque celle-ci dispose de caméras espionnes. Un échange de bon procédé passe encore si c'est occasionnel, mais la répétition peut intriguer qui observe à maintes reprises ce curieux manège. L'un tire en usant comme tout à chacun de sa carte bancaire puis donne les billets à cet autre qui curieusement ne vient jamais au guichet.

Léo

Le broc est malin, il a trouvé un dindon qui sera marron au bout de l'histoire. Quand usure finit par lasser, il est trop tard, le pli est pris et se fait coutume qui ne peut se refuser. La dette explose comme toutes les dettes du reste qui ont toujours tendance à crever le plafond quand elles passent dans le rouge. La carte a beau être bleue, l'usurier passe au blanc devant ce crédit qui n'a plus d'intérêt pour lui.

L'argent tiré, il change de mains avant que l'emprunteur ne finisse par se tirer et son généreux donateur par soupirer une fois encore. Je vous en paie mon billet que la scène se reproduira une fois encore au prochain appel. Il y a comme une relation biaisée chez ces deux-là, un pouvoir magnétique de celui qui n'use d'aucun moyen de paiement sur son banquier clandestin.

J'ai assisté à la transaction, entendu l'exaspération de celui qui se retrouve gros jean comme devant, sachant qu'il placera ce prêt dans la colonne des pertes dans ce jeu de dupe qui dure depuis des années. Si plaie d'argent n'est pas mortelle, pour le broc, il suffit d'un coup de téléphone pour disposer de quoi faire quelques affaires sous le manteau.

Curieusement, jamais ces affaires ne font des petits, de ceux qu'on nomme bénéfices et qui pourraient revenir en possession de celui qui a donné la mise initiale. Une manière de mener sa barque qui permet à l'un de toujours rester à flot tandis que l'autre laisse filer son liquide au fil du courant.

Quand il y aura naufrage, les héritiers du broc se moqueront de cette dette d'honneur qui n'a aucune existence légale. Le débiteur dans sa bière, le créancier devant huissier, le combat sera perdu d'avance avant même que de le mener. Le broc aura bel et bien braqué avec le sourire son vieil ami, qui n'aura que ses yeux pour pleurer.

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