Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.
17 Juillet 2026
Les étés seront trop chauds.
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Il va falloir nous y faire, nos prochains étés se placeront sous le signe de l'estivation, le contraire de l'hibernation en somme. Nous nous placerons collectivement dans un état d'engourdissement, au frais de nos climatiseurs, pour échapper aux températures dantesques qui nous sont promises.
Ce sera alors dans cet état de somnolence de nous rappeler que nous avions été prévenus dès la campagne présidentielle de René Dumont en 1974 qui fut pris alors pour un gentil illuminé, un aimable plaisantin avec son verre d'eau et ses prévisions apocalyptiques. Les candidats se sont succédé du reste sans que leurs alertes réitérées fussent prises en compte par un électorat se tournant toujours vers ceux qui promettaient de raser gratis.
Il fut même des individus se prétendant « hommes d'État » qui inventèrent la notion d'Écologie Punitive pour éloigner les électeurs de ces Cassandre de mauvais augure. La notion d'effort pour s'épargner le pire ne pouvant être intelligible pour ces représentants des vieilles familles et des grandes fortunes.
On lança alors les escouades policières à l'assaut des manifestants du climat pour empêcher ceux qui héritèrent de la douce appellation d'écoterroristes afin que jamais les braves gens ne leur tendent l'oreille. Ces images ne réveillèrent pas les consciences et la température ne cesse de monter sans que rien ne se passe.
Il est vrai que les tenants de cette doctrine environnementale ne firent rien pour se démarquer des comportements détestables de leurs collègues politiciens. Usant des mêmes vociférations, abusant des tirades excessives, oubliant d'user de pédagogie et pondération, ils passèrent eux aussi pour des excités du bocal.
Les experts quant à eux, n'eurent de cesse d’alerter, rapports après rapports, dans le mépris sidérant d'une classe dirigeante qui n'a jamais agi dans l'intérêt général. Les alertes étaient de plus en plus précises, les risques connus, les actions à mener parfaitement expliquées. Mais tout cela risquait de mettre à mal la course effrénée au profit des rois du monde, alors les ministres jetèrent aux oubliettes les dossiers compromettants.
Puis arriva l'été 2026, celui du début de la fin. Les canicules se succédèrent. Les oiseaux tombaient en plein vol, les malades et les anciens succombaient sans que daignent s’afficher les chiffres de la surmortalité. Les plages se vidaient aux heures les plus torrides tandis que des plus aventureux se noyaient pour trouver un peu de fraîcheur dans des cours d'eau à l'agonie. Les centrales nucléaires se mirent en surchauffe elles aussi, incapables de trouver de l'eau tiède tandis que les climatiseurs tournaient à plein régime.
Les étés suivants laissèrent un peu d'illusion tandis que dix ans plus tard ce fut plus redoutable encore et plus régulier. Les grandes compétitions sportives qui engourdissaient les consciences durent se dérouler de nuit. Ce fut le premier signal avant-coureur de notre future mise en sommeil durant l'été. La vie sociale, la culture, les travaux non vitaux progressivement cessèrent. Il fallait absolument trouver des solutions pour éviter l'explosion.
C'est alors qu'un savant fou émit l'idée de rendre obligatoire une piqûre pour toute la population. Non pas un vaccin contre les fortes chaleurs, ça ne pouvait se concevoir, mais un puissant anesthésiant pour mettre les individus en état d'estivation. Un sommeil profond de trois mois, avec une sédation confiée à des robots dirigés par l'Intelligence Artificielle et mus par l'énergie solaire, la seule qui vaille désormais.
Durant quelques années, ce fut un véritable succès jusqu'au jour maudit du grand bug. Tous les systèmes de contrôle, après un grand coup de chaud, décidèrent de la fin de cette humanité.
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