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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

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Être dans le vent.

Le souffle du progrès.

 

Diduta

Il fut un temps où il convenait d'être à la mode puis il fallut être tendance à moins que d'autres expressions m'échappent tout comme fut toujours loin de moi cette préoccupation qui mènent les moutons par le bout du porte-monnaie pour mieux se faire tondre. Pourtant il me vient l'envie d'évoquer la formule, obsolète sans doute : « Être dans le vent ».

On mesure tout de suite la dynamique qu'impose cette formule tout comme son côté saisonnier qui n'échappera pas à ceux qui aiment à regarder tourner le girouettes (Chacun comprendra cette dernière expression selon sa sensibilité). Le vent souffle plus ou moins fort et vous pousse toujours de l'avant, à dépenser plus pour rester dans le mouvement.

Il convient alors de se laisser porter par sa fantaisie, son désir d'imitation, son envie de séduire ou de plaire, ce besoin irrépréhensible de suivre les autres qui à l'époque ne se nommaient pas encore « Influenceurs ». On largue non pas la voile mais son budget pour changer la voilure qui vous vêt dans l'air du temps.

Être dans le vent ce serait ainsi une manière de l'avoir en poupe bien que la proue elle aussi exige de suivre les injonctions à se fringuer, se nipper, se vêtir, se saper selon le dernier avis météo. La poupe exige sa coupe, la proue sa pompe tandis que votre croupe se refuse à regarder en arrière à moins que le vintage ne vienne à son secours.

Le fut se fait futile, le falzar se perce aux jointures, le bénard vous tombe sous les fesses, le froc se défroque, le ben vous pend dans l'entre-jambe. La raie des fesses s'offre à la vue de tous et nul ne songe alors à vous remonter des bretelles qui ont pris la tangente. La robe se dérobe, se fend de quelques libertés coquines, s'ouvre à toutes les propositions. Le bustier émancipe le nombril, libère les épaules sans plus jamais en avoir plein le dos.

Les accessoires se font ficelles et même totalement superfétatoires à moins qu'ils se mettent à la chaîne ou au collier pour chien. Chez les uns le noir s'impose tandis que la couleur se fait flamboyante chez d'autres. L'harmonie n'est pas de mise pas plus que la discrétion. L'ostentatoire s'impose à tous pour frapper les esprits, rincer l'œil et provoquer avec délectation.

La broche de jadis a réalisé une percée dans la chair. Elle se loge en maints endroits, du plus visible ou plus secret tandis que le corps se meut en toile de maître ou en réceptacle à graffitis immondes et anarchiques. Il convient de se distinguer avec un tel acharnement que tous finissent par se ressembler dans une exubérance de mauvais aloi.

À l'opposé, le classicisme se fait lui aussi marque, non de fabrique mais de classe ou de clan. Le rigorisme se porte dans le tailleur sans doute pour tailler en pièce ceux qui succombent au diable et à ses créateurs. Avoir du style c'est appartenir à une tribu dont il convient de payer chèrement le tribut tout en se démarquant de cette plèbe qui se fournit en Chine.

D'autres se dissimulent totalement pour marquer leur obéissance à une doctrine qui nie une moitié de l’humanité. Le voile recouvre alors tout le corps pour se faire linceul d'une femme sans visage rejetant l'idée même de personnalité. Cette fois, c'est un vent mauvais qui menace bien des personnes à travers cette planète.

Qu'importe tous ces vents qui finissent par devenir tourbillon infernal qui non seulement abrutissent les uns, asservissent les autres, ridiculisent ou déshumanisent pour le profit de quelques-uns, les doctrines d'autres et ce commerce toujours plus délirant. Le vent se fera tempête qui emportera la planète dans un tourbillon de fringues dérisoires et de pratiques qui jettent un doute sur la santé mentale de l'humanité tout entière. Envoyer tout ce petit monde se rhabiller risque fort d'être impossible.

Diduta

 

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