Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.
28 Juin 2026
La vacuité d'une démarche inutile...
Il advint qu'un enfant naquit on ne sait où, on ne sait exactement quand. Il fut abandonné à son sort, laissé pour compte au bonheur la chance, pourvu qu'il trouvât une bonne âme pour le recueillir et s'occuper de lui. Il n'eut pas cette chance, du moins au tout début de son existence et dut se contenter de l'Hôpital Général où il eut droit au gîte et au couvert, ainsi qu’à deux heures d'enseignement par jour afin d'être à même de trouver un apprentissage à la Saint Jean ou une famille d'accueil dans des cas beaucoup plus rares.
Il grandit sans nom, un oubli qui n'avait même pas été effacé par un des administrateurs de cette maison de charité jusqu'à ce qu'il trouve preneur dans une famille de marchands forains qui sillonnaient la région. Par dérision sans doute, ces bonnes gens qui avaient besoin d'une paire de bras bien plus que d'un enfant l'avaient surnommé : François Beau-Nom. François parce que leur rencontre avait eu lieu un 4 octobre et Beau-Nom parce que jusqu'alors, il n'en avait point.
Le petit François trima dur sous la houlette de ces gens durs au mal, gagne-petit, pauvres misères comme ils aimaient à se désigner eux-mêmes, sans doute pour justifier auprès de leur gamin d'adoption l'absence de considération et de gratification qu'il ne recevait pas en retour d'un labeur harassant.
Ne vous étonnez pas que lorsqu'il atteint l'âge de voler de ses propres ailes, le gamin joua les filles de l'air et partit sans demander son reste. De la fréquentation de ces nomades, il n’avait gardé pour tout bagage qu'une connaissance intime de cette région qui recouvrait jadis les provinces de l'Orléanais, de la Touraine, du Berry, de la Sologne, de la Puisaye, du Gâtinais…
De son sobriquet il fit non seulement une force mais plus encore une vocation. Il se spécialisa dans l'attribution de nom pour une entreprise, une création, une structure ou encore un produit nouveau. En ce temps-là, les agences de communication n'existaient pas encore et notre François fit rapidement son trou dans un domaine que personne ne venait lui disputer.
Son imagination fertile, sa maîtrise de la langue qu'il avait acquise on se demande bien comment au contact de gens frustres, sa connaissance de ce territoire lui permirent de se faire un nom dans cet espace géographique qui justement, n'en portait pas. Depuis belle lurette, la chose tracassait notre bon François lui qui s'était fait de coller une étiquette à tout ce qui n'en portait pas jusqu'alors.
Mais voilà, il avait beau se creuser les méninges, il ne percevait pas ce qui pouvait fédérer un ensemble aussi hétéroclite. Il sentait bien qu'il aurait dû mettre son savoir-faire au service de cette noble cause : baptiser ce territoire qui se languissait de ne pas disposer d'un nom pour avoir le sentiment d'exister aux yeux de ses voisins.
François, faute de pouvoir trouver ce patronyme qui tiendrait lieu de toponymie fit appel à l'imagination des gueux, des gentils, des gens qui vivaient en ce vaste domaine marqué surtout par le bassin versant de la Loire alors que celui de la Seine empiétait la frange la plus septentrionale. Un casse-tête qui le laissait sans voix certes tout en causant grand tourment à ses compères qu'il sollicita pour le secourir dans cette mission capitale.
Ce fut un fiasco. Nulle proposition ne pouvait satisfaire les amoureux des mots. Il est vrai que rien de tangible ne pouvait émerger d'un ensemble si dissemblable. C'est alors que le Grand Charles en personne vint à son secours en déclarant tout de go : « Les français sont des veaux ». Quoique n'étant pas de la même sensibilité ni de la même trempe que ce grand personnage d'État, François retint ce Veaux en lui retirant une lettre.
Le Centre des Vaux fut sa première idée jusqu'à ce qu'un collègue lui fasse souvenance qu'un jour il était attiré par les radicaux valoisiens. Il se frappa la tête en criant bon dieu mais c'est bien sûr et ainsi tira de son chapeau un terme totalement inutile mais qui lui donnait grande satisfaction. Les Centrevalloisiens étaient nés, naturellement aux frais du contribuable !
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