Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.
24 Juin 2026
Saltimbanque route
/image%2F0994634%2F20260624%2Fob_5177a2_c1.jpg)
Il advint qu'un saltimbanque, colporteur de sornettes, réclama une petite place dans le programme estival Lui qui passait son temps sur les chemins de halage et les chemins des douaniers, espérait se faire une petite place à l'ombre des animations estivales qui parsèment un bel été.
Il s'en confia à une bonne âme, une dame toujours proche des instances décisionnelles de cette grande ville au riche passé historique. Ce pauvre diable qui ne cessait de raconter partout ailleurs, avait le désir inconsidéré de réclamer la portion congrue, la part du pauvre. Il obtint deux petits strapontins à l'écart des scènes estivales.
Petit souci mais de taille dans ce monde voué à la communication, le programme était déjà passé sous presse. Ce petit inconvénient permit de ne pas lire ce nom qui fait tâche dans une publication municipale. La chose sera compensée, du moins c'est ce qui est avancé par les autorités compétentes, afin que ce supplément de dernière minute ne reste pas lettre morte.
Les promesses n'engagent que les naïfs et les crédules. La première prestation se passera dans un désert absolu, sous un soleil d'un plomb n'ayant aucun rapport avec l'imprimerie municipale. Seuls les amis viennent écouter un duo qui remplit avec conscience un contrat dont nul responsable ne vient contrôler l'exécution.
Quelques échanges suivent ce qui peut passer pour une incompréhension, une maladresse, une erreur des services (formule si utile dans pareil cas pour botter en touche). La prochaine fois, en dépit des vacances, malgré le souci initial, c'est promis, juré, craché, il y aura un peu de réclame (je n'ose user ici du lexique habituel de la communication).
La seconde prestation se déroula dans une indifférence similaire en dépit d'une communication sur le magazine d'information. Hélas qui fait œuvre culturelle n'a que peu de chance de toucher les foules. Pas plus le trublion chaud du béret qu'un Lorrain en goguette. Il fallait se rendre à l'évidence, le conte et la chanson traditionnelle ne font pas recette.
L'absence de contrôle de la puissance invitante afin de vérifier que le contrat soit réellement rempli n'a fait que confirmer le peu d'intérêt pour ce cadeau sans importance. Il est vrai que la somme engagée n'est pas de nature mettre en danger l'équilibre des comptes.
Comment briser ce mur d'indifférence dans cette cité aux riches heures historiques ? Il y a loin entre les effets d'annonce et une réalité culturelle qui fait si peu de place à ce genre de pratiques. Il est même permis de considérer que la poésie, le conte, la chanson à texte sont sinistrés dans un contexte où la distraction est la reine de la fête.
Le pauvre bougre a compris la leçon. Il ne doit plus croire au miracle. Ce qui touche ailleurs, ne peut atteindre le cœur de citadins qui ont bien mieux à faire que de se pencher sur leur passé, leur histoire et les légendes d'un passé révolu. La culture ici se confond avec la modernité, la mode et la notoriété. Ce qui brille y a sa place dans des écrins surdimensionnés.
Comme l'échevin de l'endroit est plus souvent sur un plateau parisien d'une TV de désinformation de masse que dans un spectacle dans sa ville, il ne sera pas aisé de débattre sur un aspect qui semble ne le concerner guère. L'événementiel plus que le culturel, le clinquant plus que l'authentique, le lointain plus que le local, le futile plus que le subtil. Ce sont là les principes qui servent de ligne directrice dans la place. Le conte, le poème, la chanson doivent raser les murs, le passé est lettre morte dans une Métropole vouée à l'agitation.
/image%2F0994634%2F20260624%2Fob_2b9012_c2.jpg)