Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.
2 Mai 2026
Loin de Saumur pourtant !
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Il convient de ne pas chinoiser alors que la mort dans l'âme, il me faut admettre que notre bonne ville de Saumur n'a strictement rien à voir avec cette histoire, pas plus que la Loire du reste ni même ses châteaux. C'est vers une bien plus grande construction humaine qu'il nous faut nous tourner pour avoir la première clef de l'énigme.
C'est ainsi que si la levée de la Loire constitue le plus long ouvrage humain sur cette planète, elle doit s'incliner devant la grande muraille de Chine qui elle, s'élève hors de terre et se permet d'être visible de la Lune, ce qui éclipse singulièrement notre extraordinaire digue trop discrète pour se faire ainsi remarquer.
Mais revenons donc à notre expression pour ne pas faire chou blanc parmi les lecteurs qui trouveraient mon propos indigeste. La Choucroute est née le long d'une muraille en construction que les ouvriers durent abandonner durant l'hiver. À l'insu de leur plein gré, ils avaient laissé un plat de chou qui fut recouvert de neige et passa ainsi la mauvaise saison à l'écart de tous les appétits.
À leur retour, les laborieux baptiseurs découvrirent un plat succulent dont une longue fermentation lui avait donné ce petit goût acidulé si plaisant. De plus, tentant de reproduire l’expérience, ils comprirent bien vite que cette lactofermentation offrait aussi l'immense avantage de conserver l'aliment en question.
La première étape classique de la découverte par un impondérable venait d'avoir lieu. Il faudra patienter un peu pour mettre en branle la stratégie de sa diffusion en mettant en selle, non pas un cavalier de Saumur, décidément, il n'est pas lieu d'insister, mais le redoutable Attila et ses Huns qui avaient dans l'idée de conquérir les territoires au-delà de la fameuse muraille.
Ils firent chou blanc, ce qui ne fut pas sans conséquence pour notre histoire locale, puisque n'ayant rien d'autre à se mettre sous la dent, ils s'en prirent ensuite à Metz, puis échouèrent devant Paris avant que de faire le siège d'Orléans en 451. L'échec ne leur resta pas en travers de la gorge puisqu'ils ramenèrent dans leurs bagages le fameux chou fermenté.
Ils eussent pu confier sa recette aux ligériens mais la rude bataille que leur livra Saint Aignan leur sembla indigeste. C'est donc vers l'Alsace qu’ils se tournèrent pour confier la recette qui fera les beaux jours de la gastronomie et de la crise de goutte. Le plat de choucroute tel qu'on le connaît de nos jours serait donc le fruit de ce trésor de guerre avec des envahisseurs qui avaient joué un sacré tour de cochon à nos amis alsaciens.
Attila, au lieu de mettre les pieds dans le plat s'en retourna la queue basse et se contenta du goulasch dans laquelle le bœuf supplanta le cochon. S'il aimait rentrer dans le lard de ses ennemis, il n'en était pas moins une fine gueule qui entre le lard et le cochon avait fait son choix en s'écriant : « Poussez pas, on n'est pas des bœufs ! »
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C'est donc l'Alsace qui se fit la terre d’accueil de la merveilleuse et succulente choucroute sans que le Paprika ne vienne s'en mêler. La saucisse de Strasbourg allait avoir de beaux jours devant elle tandis que celle de Toulouse demeura circonspecte. Le cassoulet attendrait son tour. C'est à la force du jarret que notre choucroute, par la suite fit son entrée dans le monde interlope du cyclisme.
C'est en gravissant le ballon d’Alsace que des coureurs, pris d'une terrible fringale, les jambes en coton, pédalaient dans le vide, incapables d'avancer. Des spectateurs compatissant mais locaux, n'eurent pas l'idée de leur proposer des pâtes mais plus sûrement de la choucroute. Ils retrouvèrent immédiatement la jambe légère et l'estomac chargé comme une mule. L'expression allait faire les beaux jours des commentateurs sportifs.
La suite mérite qu'on s'y penche un peu, même si elle ne fut pas du même tonneau. Arrivés au sommet du ballon, pour avoir une bonne descente, nos cyclistes avalèrent une chope de bière et non pas un petit ballon de blanc qui, comme chacun sait, donne des crampes. Ils descendirent à tombereau ouvert pour la plus grande satisfaction des spectateurs.
La course poursuivit sa longue route et s'échoua en bord de mer pour un jour de repos. Des coureurs nostalgiques de ce plat diététique réclamèrent à leurs cuisiniers une nouvelle choucroute pour ne pas connaître de défaillance le lendemain. Pris au dépourvu, refusant le cochon en batterie de nos amis bretons, le chef se tourna vers des marins pêcheurs. La choucroute de la mer vit ainsi le jour sous l'impulsion d'un certain capitaine Haddock.
La course continua son petit bonhomme de chemin et cette fois longea la Loire pour arriver à Saumur. Une équipe Belge à bout de souffle avait besoin d'un petit coup de fouet. Une bonne rasade de triple sec leur fut offert par la maison Cormier. Le pot belge venait de voir le jour. Par la suite on associa la boisson alcoolisée née sous l'impulsion de Jean-Baptiste Combier à la choucroute pour faciliter sa digestion.
J'espère que ce récit vous aura mis en appétit. Il n'est plus qu'à vous délecter d'une bonne choucroute en vous écriant « Cochon qui s'en dédie ! ». Quant à la conclusion, chacun la vivra à sa manière puisque « qui vivra verrat », dit la truie à son compagnon... alors que Cochonou devint sponsor du Tour de France.
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