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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

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Le bourgmestre vous salue bien.

Dépaysement médiéval.

 

 

Ainsi donc, pour ouvrir officiellement le marché médiéval johannique le bourgmestre en personne a accompagné l'héroïne locale afin de célébrer l'union de l'histoire, de la tradition, de la religion et de l'animation dans cette bonne cité ligérienne. C'est un docte historien animateur qui osa présenter sous le vocable de « Bourgmestre » le maire de la cité, drapé de son importance et ceint de sa cinquième élection pour ouvrir le bal des festivités.

Il est plaisant de constater que pour l'occasion tout est prétexte ici à falsifier l'histoire pour complaire à un bon peuple, aveuglé par la tradition et le décorum. De bourgmestre en 1429, il n'y en avait point dans cette cité pas plus du reste que de héraut à la petite semaine pour ouvrir le cortège de la pucelle.

C'est donc à dessein que ce docte animateur, ceint de son parcours universitaire, se plaît à leurrer le peuple des manants et des gueux en les trompant sur la fonction à l'époque de ceux qui présidaient aux destinées d'une cité. Ville d'art et d'histoire, la bonne ville d'Orléans, dès qu'il s'agit de son héroïne locale, est toute disposée à lui faire des enfants dans le dos.

Il convient de saluer la verve de ce crieur de rue, qui n'hésite pas à se tourner vers un vocable belge pour présenter le maire. Le terme bourgmestre dans son esprit doit sans nul doute avoir ce je ne sais quoi d'exotique qui fleure bon un passé lointain susceptible de passer pour médiéval. Alors, le crieur de pacotille se gargarise de ce vocable pour annoncer le cortège et l'inauguration de la farce johannique.

Une fois encore, on se permet ici de travestir l'histoire afin de donner des couleurs d'un autre temps à une épopée qui libère toute les transgressions possibles. La gente pucelle autorise bien des interprétations pour lui dresser une image légendaire. La mettre sous toutes les sauces, se jouant de tous les anachronismes possibles c'est une manière adroite d'expliquer pourquoi en ce marché médiéval, la frite est l'aliment de base.

Ce bourgmestre fallacieux doit, à défaut de faire avaler des couleuvres, permettre de digérer toutes ces barquettes de pomme de terre qui en 1429, n'avaient pas encore songé à accoster sur nos rives. Reconstituer l'histoire pour en faire spectacle, c'est donc s'émanciper du réel et ne point s'attarder sur les détails.

Il fallait bien trouver un historien en costume pour agir de la sorte sans le moindre remords. Il eut pu, ce docte personnage, qualifier notre maire d'échevin ou de prévôt sans que quiconque ne s'en soit offusqué. Mais il usa du vocable de bourgmestre pour mettre en colère un gueux, âne bâté de piètre renommée, tout disposé à s'indigner de pareille falsification.

Il est de bon ton, lors de telles animations, de malmener l'histoire et ses représentations. Tous les anachronismes se font un malin plaisir à troubler le spectateur tout en le leurrant avec application. Si la politique est l'art du mensonge, dès qu'il s'agit de commémorer un événement historique, les mêmes se font un devoir de ne point déroger à ce qui constitue leur principe de gouvernance.

Une fois encore, je déplore la falsification dont est l'objet la grande histoire sans que rien ne permette de remettre dans le droit chemin ces braves gens qui se nourrissent de mensonges et de leurres pour tromper un bon peuple si prompt à avaler des couleuvres. Le soir même de cette mascarade, un set électro viendra démontrer au bon peuple qu'en 1429 de notre ère, la musique amplifiée et électronique était déjà de mise.

L'édification du peuple a sans doute un besoin impérieux de tromperie, de falsification et d'illusion pour conserver dans l'état de soumission ceux qui n'ont d'autres fonctions que de s'incliner devant les rois, les princes, les ducs, les barons, les échevins et les prévôts, les édiles et les clercs, les princes de l'église et les bouffons du pouvoir.

 

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