Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.
17 Mai 2026
Conte des enfants de BOU
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Il était une fois la Binette, lieu mirifique par excellence où rien ne se passe comme ailleurs. La Loire, en cet écrin ligérien où vivent des elfes et des lutins, cherche son chemin, entame son grand méandre avant que d'aller se perdre bien plus loin dans l'Océan. Des arbres d'Or lui font une haie d'honneur puisque c'est là la demeure de dame Carpe qui coule des jours heureux dans une profonde mouille.
Loréa, carpe vénérable, vit ici depuis des temps ancestraux. De mémoire d'humain, elle a toujours hanté les lieux, montrant de temps à autre sa grande bouche, comme si elle entendait leur adresser un message. Les pêcheurs se sont cassé les dents à vouloir la prendre dans leurs rets, elle s'est toujours montrée plus habile et rusée qu'eux.
Léo, un jeune sourd et muet se réfugie souvent au bord de la rivière. Il préfére la compagnie de la nature à celle de ses camarades de l'école avec lesquels il ne peut communiquer. Il aime par-dessus tout admirer les oiseaux qui se réfugent sur une grève pour y pondre leurs œufs. Les sternes viennent s'installer et l'enfant les observe avec ses jumelles.
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Ce matin-là, le jeune garçon avait décidé d’aller pêcher, une canne à la main, plus par habitude que par envie. Il s’installa sur la berge, là où la Loire dessine une courbe gracieuse, comme une danseuse qui s’incline. Soudain, entre deux reflets de soleil sur l’eau, il aperçoit une lueur dorée. Intrigué, il s’approche et découvre Loréa, la carpe vénérable, prisonnière dans un trou d’eau, piégée par la baisse soudaine du niveau de la rivière. Ses écailles luisent comme des pièces d’or, et ses yeux, semblent implorer de l’aide.
Sans hésiter, Léo se glisse dans l’eau, les mains tendues. Il soulève délicatement la carpe et la dépose dans le courant avant que de revenir lentement sur la berge. Peu de temps après que Loréa eut retrouvé sa liberté, un cri retentit non loin de là : « Hé, là-bas ! Elle a mordu ! ». Deux pêcheurs chevronnés, dont l’un n’est autre que le père de Léo, avaient lancé leur ligne au même moment. L’hameçon s’était accroché dans la nageoire dorsale de la carpe. Léo, sans réfléchir, plonge. L’eau fraîche l’enveloppe, et il se laisse porter par le courant vers la carpe, qui se débat. D’un geste vif, il libére l’hameçon et Loréa s’échappe, lui frôlant la main comme pour le remercier.
Quand Léo refait surface, son père, stupéfait, le gronde à moitié : « Tu es fou, tu aurais pu te noyer ! Tu dois toujours être prudent en Loire. Sa beauté cache beaucoup de dangers. Promets-moi de ne jamais sous-estimer ce que la rivière peut te réserver. »
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Mais Léo, le sourire aux lèvres, ne regrette rien. Il se séche au soleil, s'éloigne des pêcheurs puis, irrésistiblement attiré par la quiétude de l’eau, il se baigne à nouveau, loin du regard de son père. Il plonge et a l'immense joie de voir Loréa revenir à lui. Elle se faufilae entre ses jambes, joueuse, comme pour l’inviter à sa suite. Léo, fasciné, la suit. Entre deux herbes aquatiques, il découvre une faille dans la berge, une sorte de grotte sous-marine que les riverains appellent « la bime ». Sans hésiter, il s’y engouffre.
Là, sous la surface, un monde nouveau s’offre à lui : les couleurs sont plus vives, les poissons parlent entre eux par bulles argentées, et les algues dansent au rythme d’une musique silencieuse qu'il perçoit mystérieusement. Loréa, désormais son guide, l’entraînet plus loin, vers un univers où la magie de la Loire prenait vie sans qu'il éprouve le besoin d e respirer… Après un long ballet aquatique, tous deux, à regret se séparent non sans que la carpe guide l'enfant vers la surface.
De retour dans sa mouille secrète, Loréa ne peut chasser de son esprit le visage enjoué de l’enfant. Elle voudrait lui exprimer sa gratitude, lui dire à quel point son geste l’a touchée. Mais comment communiquer avec un humain, surtout un enfant sourd et muet ? Elle l'a initié à son monde souterrain mais elle entend entrer véritablement en contact avec lui. Elle se souvient alors du cygne aux plumages changeants, gardien des vœux de la Loire. Ce cygne, tantôt doré comme le soleil, tantôt blanc comme la lune, a le pouvoir d’exaucer les souhaits les plus purs.
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Loréa nage jusqu’à la surface, là où le cygne, perché sur un talus de roseaux, observe le ciel. « Noble cygne, » murmura-t-elle en faisant vibrer l’eau autour d’elle, « J’ai besoin de ton aide. Un enfant m’a sauvé la vie aujourd’hui, et je souhaite lui parler, lui dire merci ». Le cygne incline la tête, son plumage blanc scintille sous les rayons du soleil. « Et que m’offres-tu en échange ? » demanda-t-il d’une voix mélodieuse. Loréa fouilla dans la vase et en ramena une poignée de graines dorées, nourriture rare et délicieuse pour les oiseaux magiques. Le cygne, séduit, accepte : « Je t’accorderai le don de la parole, mais seulement en sa présence. »
Le lendemain, Léo revient au bord de l’eau, les jumelles autour du cou. Il observe les sternes, mais son regard est attiré par un éclat scintillant sur la rivière. Le cygne, cette fois-ci paré de plumes d’or, glisse sur l’eau comme un rêve éveillé. Léo, émerveillé, s’approche. Le cygne le fixe, puis, d’un battement d’ailes, fait apparaître devant lui une image : celle de Loréa, la carpe, qui semble lui sourire.
Aussitôt, une voix résonne dans l’esprit de Léo, claire et douce : « Merci, petit humain. Tu m’as sauvé la vie sans rien attendre en retour. La Loire te protégera puisque tu as prouvé que ton cœur est pur ». Léo sursaute. Il ne peut entendre, mais il ressent les mots en lui, comme une vibration. Le cygne a tenu sa promesse. Loréa, grâce au pouvoir du cygne, peut enfin communiquer avec lui. Léo, les yeux brillants, comprend qu’une amitié hors du commun, une amitié qui transcende les mots et les mondes, nait par l'entremise de cet extraordinaire truchement.
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Léo, les yeux brillants, est envahi par une chaleur agréable. Il ne peut bien sûr pas entendre les mots – son handicap ne le lui permet pas - mais il les comprend, comme s’ils résonnent étonnamment en lui. Le cygne incline la tête, et Loréa, dont les écailles scintillent sous la lumière, s’approche de la surface. Elle traçe un grand cercle qui demeura immobile à la surface de l’eau, comme pour sceller une promesse.
Les jours suivants sontdifférents pour Léo. Chaque fois qu’il vient au bord de la rivière, il perçoit une présence amicale, comme si l’eau elle-même le reconnaissait. Un matin, alors qu’il observe les gravelots, il remarque que les poissons dansent autour de lui, et que les libellules se posent sur ses genoux. Loréa n’était jamais bien loin.
Un après-midi, alors que le soleil illumine les rauches (les roseaux), Léo voit la carpe émerger près de la berge. Elle avait dans sa bouche un petit objet brillant : une écaille dorée, plus grande que les autres, gravée de superbes motifs qui ressemblent à des vagues. Loréa la dépose délicatement sur un galet plat, devant Léo. Puis, par la magie du cygne (dont on aperçoit le reflet mordoré dans l’eau), une voix murmure dans l’esprit de l’enfant : « Garde cette écaille. Elle est le signe de notre alliance. Quand tu la tiendras, tu comprendras le langage de la rivière. Et quand tu auras besoin de moi, frotte-la contre l’eau : je viendrai jusqu'à toi mon petit ami humain. »
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Léo, ému, glisse l’écaille dans sa poche. Il se demande s’il rêve, mais l’existence du petit présent de Loréa contre sa cuisse lui rappelle que tout cela était bien réel. Quelques semaines plus tard, un orage éclate sur la vallée. La Loire, habituellement calme, devient furieuse, charriant des branches et des débris. Léo, inquiet par la montée des eaux, pour les œufs des oiseaux et toutes les petites créatures de la rivière, court vers la berge. C’est alors qu’il voit un filet de pêcheur abandonné, flottant à la surface, et dans lequel se sont pris plusieurs poissons, dont un jeune tacon aux écailles argentées. Sans hésiter, il plonge, l’écaille dorée serrée dans sa main.
Sous l’eau, le courant estt fort, mais Léo se sent porté par une force invisible. Les mots de Loréa lui reviennent : « La Loire te protégera ». Il libéré les poissons un à un. Alors qu’il allait remonter, il aperçoit quelque chose de plus inquiétant : un énorme obstacle en plastique coincé entre deux rochers, qui menace de bloquer le passage vers la mouille de Loréa. Léo, les poumons en feu, tire de toutes ses forces. L'encombrant objet se brise, libérant les flots.
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Quand il refait surface, essoufflé, il aperçoit Loréa nager vers lui, suivie du petit tacon sauvé. Dans son esprit, il entend : « Tu as le cœur d’un gardien bienveillant, Léo. La rivière ne t’oubliera jamais ».
Rentrant chez lui, juste après cet incident, Léo remarque que ses vêtements ont séché immédiatement, malgré sa baignade. Dans sa main, l’écaille dorée brille d’une lueur douce. Il la porte à son oreille, comme on écoute un coquillage. Et là, il est impressionné non pas par des sons, mais par des images : il voit la Loire s’étirer jusqu’à l’Océan, aperçoit des elfes et des lutins danser sur les berges au clair de lune, surprend avec tendresse un enfant de son âge qui devait être, sans doute, son père autrefois, pêcher sur les berges de la Binette. Loréa lui avait offert bien plus que la parole : elle lui avait donné le don de voir la magie du monde et de pouvoir remonter le temps pour raconter de belles histoires.
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