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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

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Le Bal de Pierre

Jusqu'au bout de la nuit.

 

 

Gugus et son violon formaient un duo inséparable. Qui voyait l'un entendait l'autre ou n'allait pas tarder à ouïr le son plaintif de l'instrument. Il faut avouer qu'au début de son histoire, notre ami le ménétrier n'avait pas la parfaite maîtrise de son instrument. Il parvenait à jouer à l'oreille les morceaux les plus simples qui agrémentent les bals et les veillées et chacun s'en satisfaisait pleinement tant ce petit peuple de nos campagnes n'avait jamais le bonheur d'écouter des virtuoses et des grandes œuvres.

Tout pourtant changea du tout au tout quand après une noce fort arrosée, notre Gugus bien éméché se perdit dans la forêt alors qu'il espérait rentrer chez lui. Il fit étrange et inquiétante rencontre, de celles qui vous transforment à jamais. Gugus ne revint pas les cheveux blancs ou le regard fiévreux, il ne perdit pas la raison pas plus que son âme comme cela arrive si souvent en pareille occasion.

Non, s'il revint métamorphosé c'est que l'espace d'une nuit, par un contrat secret, il acquit une virtuosité à nulle autre pareille. Non seulement, depuis cette fameuse nuit, il jouait du violon admirablement bien mais qui plus est, il produisait des mélodies formidables qui n'avaient plus rien à voir avec son répertoire précédent.

Personne ne chercha à savoir par quel mystère il avait acquis ce don prodigieux. On s'arrachait la présence du violoneux pour des fêtes qui prirent alors une tout autre dimension. La réputation de Gugus fit qu'il trouva des partenaires pour l'accompagner à la musette, la vielle et la flûte. Les bals dans ce petit coin de France devinrent véritablement endiablés.

C'est justement au cours de l'un d'eux qu'advint un événement dont je ne sais si je puis vous le narrer sans prendre le risque d'être traité de menteur. C'est hélas le péril qui menace tous ceux qui font office de raconter des histoires. Il faut passer outre et ne pas s'occuper des mauvaises langues qui n'ont plus les oreilles bienveillantes de leur enfance.

Gugus et sa troupe de musiciens avaient une fête votive à animer. Il y avait là grande et belle assemblée pour lever la jambe et le coude de manière alternative et de plus en plus répétée. Dans la foule qui semblait prise de frénésie, un couple se distinguait par leur volonté de ne pas se mêler aux autres dès qu'il s'agissait de se lancer dans un branle, un rondeau ou bien un cercle.

Ces deux-là avaient fait le choix de la danse en couple, sans jamais changer de partenaire. Gugus avait remarqué leur manège avec ce sourire qui vient toujours aux musiciens qui constatent qu'ils sont à l'origine d'une rencontre qui risque fort de se prolonger en une union intime et fusionnelle. C'était d'ailleurs à ses yeux la fonction même de la danse.

Plus le bal avançait dans la nuit plus ces deux corps semblaient ne faire plus qu'un tandis que leurs bouches se mêlaient aussi intensément que leurs mains. C'était grand bonheur pour le ménétrier que de constater qu'une fois encore, il avait participé à la naissance de ce sentiment si puissant.

La nuit cédait progressivement le pas aux premières lueurs du jour. Les danseurs par grappes parfois, le plus souvent par duo s'éclipsaient. Parmi ses collègues musiciens la fatigue se faisait sentir si bien que les uns après les autres, ils finirent par abandonner la partie pour s'en aller faire dormir les yeux.

Sur la piste, il ne restait plus que ce couple éperdu de passion et sur la scène Gugus et son violon. Ils n'étaient plus que trois dans cette salle qui avait été remplie de bruit, de cris et de musique. À de petits détails qui ne peuvent tromper un observateur attentif, Gugus comprit que pour ces deux-là, cesser de danser c'était forcément se séparer et revenir à des conditions qui se passeraient l'un de l'autre.

C'est alors qu'il se souvint du contrat qui le liait avec celui qui lui avait fait le don de sa virtuosité diabolique. Il lui devait deux âmes, non pour les condamner aux flammes de l'enfer, Satan s'était montré magnanime, mais pour les figer à tout jamais dans la posture d'un couple enlacé.

Tout en jouant de son violon, alors que les deux danseurs n'avaient jamais été aussi intimement confondus, il prononça la formule que lui avait enseigné son bienfaiteur machiavélique. À cet instant précis, il cessa de jouer et sur le parquet le couple illégitime cessa de tourner, se figea à jamais dans une confusion charnelle.

Gugus rangea son violon dans son coffret et quitta la place, heureux d'avoir offert à ces deux-là un amour éternel. Là où il y avait eu un parquet, une salle pour danser, on pouvait voir, au milieu d'une place déserte, une statue de pierre représentant deux danseurs enlacés. Le malin avait ce qu'il avait voulu, un message envoyé aux humains pour leur expliquer tous les périls qu'il y avait à danser, Gugus au contraire, fier d'avoir grugé le prince des ténèbres, y voyait une allégorie sur le bonheur qu'il y avait à libérer ses sentiments par le truchement de la musique.

Par la suite tous ceux qui virent la statue penchèrent pour l'interprétation du joueur de violon et jamais un être raisonnable n'y vit un avertissement à ne point danser en couple. Il n'est plus beau et grand bonheur que de se laisser transporter par des notes de musique pour exprimer l'émotion qu'un autre vous fait ressentir.

Le diable quant à lui dut se contenter de prendre à ses rets tous ceux qui se trémoussaient de manière erratique et seuls dans des salles où la musique en boîte remplaçait les musiciens.

Il fit du reste grande moisson de ces êtres qui avaient oublié qu'il n'est plus belle parade amoureuse que dans la danse en couple. Quelque part dans ce pays, une statue de pierre continue de rappeler ce message que je vous livre ici en espérant que vous lui donnerez crédit par le truchement d'une valse langoureuse, d'une polka endiablée, d'une mazurka délicate et lascive ou d'une scottish coquine et chaloupée.

 

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L
Très belle histoire que la vôtre ce dimanche ! Rassurez-vous, Nabum, j'ai toujours crû à leur véracité avec une âme d'enfant, comme les films biopic inspirés de la vie réelle. <br /> <br /> La dance, voilà une science qui m'a toujours échappé et que je regarde aussi avec une âme d'enfant, en me disant qu'il s'agit d'un don offert à la naissance.
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R
LH<br /> <br /> Les dons de la naissance ...<br /> J'ai comme un doute !<br /> <br /> Il faut aussi les améliorer sans cesse