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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

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Lettre de non candidature.

Pour un espace culturel en plein air.

 

 

 

En un lieu que je m'interdis de nommer ici, un missionnaire des arts et de la musique a depuis dix ans, contre vents et navrés , installé un espace culturel en plein air avec un panorama sur la ville à nul autre pareil, au bord d'une rivière majestueuse. Chaque année, votre serviteur, diseur de fariboles, billevesées et coquecigrues a tenté de se faire entendre des badauds qui ne venaient là que pour boire et se baguenauder sans grand soucis des saltimbanques.

Il me fallut m'éloigner du bar et des consommateurs bruyants pour parvenir à toucher un auditoire qui devait se déplacer plus bas le long de la rivière en une sorte de chemin de croix à l'envers, le long d'une cale pavée, pour échapper au tumulte de la circulation, aux bruissements des conversations, à l'agitation des buveurs. Il s'est toujours trouvé une petite chambrée pour tendre l'oreille et prendre la peine de donner du sens à mes récits. Mais était-ce pour autant acceptable ?

Pour satisfaisant que fut à chaque fois ce petit exercice d'évitement de la masse indifférente, il n'en demeure pas moins que persiste la frustration de ne jamais parvenir à convaincre cette cohorte mouvante de consacrer un peu d'attention à qui entend s'adresser à eux par la seule magie du verbe, par le truchement d'une parole intelligible et avec des créations et non des reprises des succès d'autres. Pour tenter d'infléchir leur aversion des mots nus, des phrases structurées, des expressions idiomatiques, je me suis adjoint des musiciens qui ne surent pas inverser l'incapacité chronique du plus grand nombre à accepter ce qu'ils n'ont jamais entendu avec une écoute attentive.

C'est donc avec un immense regret que je ne postule pas cette année à cet exercice agréable, repoussant ainsi l'inévitable frustration qui consiste à prêcher dans l'indifférence et parfois la moquerie de ce peuple voué désormais à la seule distraction agrémentée de consommation. Je sais que ceci n'est en aucune manière le but recherché par le créateur de ce bel endroit et de ses bénévoles, tous militants de la culture vivante, authentique et artisanale. Mais le combat semble perdu, l'été au bord de l'eau on se baguenaude sans prêter attention aux trouvères !

La politique de la chaise vide, même pour un bonimenteur debout et les pieds nus, sera ainsi une pâle imitation de ce que fit notre bon échevin qui se refusa à venir débattre avec le créateur de ce lieu. Je pratique la même stratégie, certain de n'être pas écouté par ce peuple plus habitué désormais aux vociférations dans les enceintes sportives qu'aux subtiles réflexions prononcées à voix basse. Le temps n'est plus aux murmures mais à la tonitruante valse des décibels et à la manipulation des masses.

C'est naturellement la mort dans l'âme qu'il me faut renoncer à cette ultime estrade dans une cité qui ne laisse désormais aucune place aux expressions mineures émanant des gens du cru. La volonté toujours plus marquée de proposer une Culture tapageuse, à grand spectacle et immense jauge ne laisse plus la moindre place aux expressions intimistes qui ne trouvent aucun lieu pour toucher un public en voie d'extinction.

Dans cet espace culturel en plein air, la volonté des créateurs allait dans le sens d'un pluralisme assumé, d'une diversité artistique revendiquée, d'une exposition sans sélection mais ces belles intentions se fracassent de fait contre l'indifférence d'un public qui ignore désormais ce que peut être la curiosité et le respect, l'écoute et l'attention.

Tout ce qui n'est pas conforme à des valeurs, imposées par une culture de masse (cet instrument qui permet d'enfoncer le vide dans des cerveaux en repos permanent) n'a plus sa place ici. Notre bonne ville d'art, d'histoire et de culture en oublie progressivement la grandeur que cette ambition lui assigne tandis que Bourges sera Capitale européenne de la culture en 2028

Ne pouvant me satisfaire de faire tapisserie devant la Loire telle un pantin qui vient agrémenter une toile de fond dans le ronronnement d'une bande enregistrée pour ascenseur ou salle d'attente, je préfère conserver ma dignité en renonçant à ce simulacre de spectacle.

 

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J
Voici la naissance d'un authentique (qui ne pousse que dans les livres selon Marcel Pagnol) social-traitre.
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R
Jean<br /> <br /> Ni traître ni félon, simplement on ne donne pas de confiture à des gorets mal élevés