Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.
11 Avril 2026
Marcher sur l'eau.
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Est-ce parce ce que pour beaucoup je ne suis qu'un bouffon et un vil énergumène qu'on me sollicita pour aller faire le fou à Saint Mathurin-sur-Loire ? L'hypothèse semble assez crédible d'autant que ce brave bienheureux serait également saint patron des marins, des potiers à l'étain, des clowns, des comiques, des fous et des bœufs. Ce dernier point reste une énigme qu'il convient de ne pas pousser plus avant à moins que du joug à la camisole, la relation d'aliénation fonctionne encore.
Se rendre ainsi à Saint Mathurin par la route en pleine crise énergétique relève, il faut bien l'avouer d'une pure folie. Il eut été plus sage de s'y rendre par la Loire, ce que je ne manquais pas de faire en mai 2016 alors que la Loire enregistrait une de ses célèbres colères qui me contraignit du reste à renoncer précisément à hauteur du pont de Saint-Mathurin.
Cette invitation à l'Odyssée nous enchante. Cette maison de Loire propose pour l'occasion, une nouvelle exposition : « La Loire d'une rive à l'autre ». J'entends bien faire le pont et le bouffon pour évoquer les différentes cultures ligériennes. L'inauguration de cette nouvelle scénographie sera le prétexte à la réception d'un duo qui n'est jamais convié dans la maison de Loire du Loiret. Nul n'est prophète en son pays, en voici bien une cinglante démonstration.
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Presque dix ans plus tôt, après 21 jours de pluie sur 23 jours de navigation, j'ai bien failli ne pas voir le village tant la Loire était coléreuse, les flots agités et le vent de Galerne si contrariant que mon pauvre canoë ne parvenait plus à descendre le courant. J'avais été secoué comme fétu de paille au point de devoir renoncer à aller plus loin alors que j'étais parti de Saint-Loup-sur-Allier.
Le pont fut alors ma planche de salut, il m'offrait un dégagement qui me permit d'accoster alors que la côte de dame Loire ne cessait de gonfler. Ce n'est certes pas ce jour-là que je me serai permis de qualifier cet ouvrage d'art de cage à poules comme le firent les gens du cru en 1954 lors de sa remise en service. Sa conception métallique et assez sommaire s'expliquait alors par la nécessité de faire au plus économique pour remplacer tous ses semblables détruits en 1940 pour tenter vainement de mettre un terme à la progression allemande.
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Il y avait auparavant un magnifique pont suspendu comme on les aimait tant en 1846. Natif de Sully-sur-Loire, je peux dire que cet ouvrage ressemblait singulièrement à celui qui hanta mon enfance même si j'aimais son élégance et sa manière si singulière de mettre en valeur le château. J'ai retrouvé deux illustrations pour évoquer quelques souvenirs chez les nostalgiques de ces ponts si graciles.
Cette digression nous a éloigné singulièrement de notre bon Mathurin qui n'a sans doute jamais mis les pieds en bord de Loire. Cependant, le saint patron des prisonniers aurait pu intercéder pour la libération de ce Théodulf dont je célèbre souvent la gloire qui a fini ses jours dans la prison d'Angers, non loin de là.
Il avait contrarié le pape ce qui n'était jamais recommandé en 825. Il mourut dans les geôles et son dernier vœu ne fut pas exaucé. Il avait souhaité que son corps revienne en son oratoire de Germigny et comme on n'est jamais mieux servi que par soi-même, il avait même rédigé son épitaphe « Je fus évêque d’Orléans et c’est sur ce rivage que j’ai souhaité reposer au milieu de mes brebis ». Pour éviter qu'on célèbre à la fois son action magnifique et sa personne, le pape décréta qu'il fut emmuré dans sa prison.
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Il est fort douteux que je puisse raconter tout ça lors de cette manifestation pour laquelle je me contenterai d'évoquer des histoires de Loire, de marins, de pêcheurs, de ponts et de bouffons. Il y a bien assez et mêmes les poules auront leur mot à dire sans qu'elles aient besoin de se mouiller si les gens de Saint-Mathurin restent suspendus à mes coquecigrues.
Il est temps pour moi de marcher sur l'eau pour franchir cette grande barrière qui de longues années durant sépara les habitants de Saint-Mathurin de ceux de Saint-Rémy-La-Varenne.
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