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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

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Le gentil Mathurin

Chevrier de son état …

 

 

Mariva Rezvanuyk

Il advint en ce temps lointain qu'un jeune garçon prénommé Mathurin avait pour seule mission dans l'existence que de garder son troupeau de chèvres. Les uns gardaient des vaches au pré, d'autres des oies sur les rives de l'Authion, certains des cochons dans les bois de la Besnardière quand les derniers surveillaient les moutons dans les varennes.

Les chèvres de Mathurin étaient à l'image de leur petit pâtre. Elles n'en faisaient qu'à leur tête, couraient partout et passaient leur temps à jouer et à faire les folles. Il faut bien admettre que c'était pour le plus grand plaisir de leur gardien, qui riait de les voir ainsi se montrer indociles et même rebelles sauf avec lui, naturellement.

Il s'était établi une complicité entre les bêtes et le garçon qui intriguait ceux qui prenaient la peine de les observer à distance. Ce n'était du reste guère facile puisque le gamin ne menait pas ses chèvres là où les autres allaient garder leurs animaux, dans ces herbes mortes qui étaient libres d'accès pour tous les habitants d'un petit bourg qui ne portait pas de nom.

La Loire avec ses sautes d'humeur aimait à envahir de temps à autres les prairies qui la bordaient, transformant ces vastes espaces en ce qu'on qualifiait d'Herbes Mortes ce qui les rendaient libres de tout enclos. Nul ne pouvait se les approprier et elles demeuraient un bien collectif, un commun accessible à tous.

Pourtant Mathurin ne goûtait guère la fréquentation des gardeuses d'oie, des gardiens de cochons, des bergères ou des vachers. Lui aimait par-dessus tout ne pas rester en place ce qui convenait du reste parfaitement à ses petites chèvres qui avaient le pied agile et l'humeur vagabonde. Partout où il y avait de quoi brouter, ne fut-ce qu'un peu, le gentil pâtre menait ses bêtes jusqu'à ce qu'on le prie aimablement de déguerpir.

Cette année-là, la Loire s'étiolait depuis de longs mois, se réduisant à un mince filet d'eau cherchant son chemin parmi des bancs de sable toujours plus grands et imposants. Il n'avait pas plu depuis fort longtemps, la terre se craquelait, l'herbe jaunissait et n'était plus en mesure de nourrir les bêtes. C'était la désolation y compris pour les humains qui en venaient à souffrir de la disette.

Dans les troupeaux, des animaux périssaient faute d'avoir assez pour subvenir à leurs besoins. Seules les chèvres de Mathurin gardaient l'œil vif, la robe soyeuse et le pied allègre. Il y avait mystère ou bien magie là-dessous. Heureusement que le gamin n'était pas une bergère, elle eut été traitée de sorcière par le premier porteur de soutane venue.

Mathurin échappait à ce péril trop souvent l'apanage des femmes, dans lequel parfois des hommes tombaient pour des raisons obscures mais pas lui, car chacun ici, entre Loire et Authion lui vouait une grande affection bien payée en retour par un garçon toujours prêt à rendre service, à dire un mot aimable ou à faire quelques pitreries qui égayaient un quotidien âpre et difficile.

Le garçon devait avoir un secret pour parvenir à maintenir en bonne condition un petit troupeau qui avait naturellement besoin de manger pour garder la forme. Le phénomène intriguait et en dépit d'une existence vouée pour beaucoup à la recherche d'une pitance pour les bêtes comme pour les humains, il se trouva des plus curieux que d'autres pour espionner le gamin et son troupeau.

Arnaud Feuga

Ce qu'ils découvrirent en étonna plus d'un et l'on peut prétendre qu'il y avait diablerie là-dessous si de plus clairvoyants affirmèrent qu'ils avaient déjà observé pareil phénomène avec des vaches qui privées d'herbes mangeaient avec profit des feuilles de frênes. Mathurin cependant ne pouvait le savoir puisque le gamin n'avait jamais été à l'école et ne savait pas lire. Cependant, son sens de l'observation avait en la circonstance présente fait des merveilles alors même qu'il avait préparé son affaire par anticipation et belle réflexion.

Le gamin avait remarqué le travail des vanniers qui pour récupérer des brins d'osiers étêtaient les saules afin d'en faire des trognards qui fournissaient des branches de dimensions semblables et d'une parfaite souplesse pour construire des paniers. Il avait lui osé tailler d'autres arbres, des saules mâles qui aimaient à pousser en lisière de forêt ou dans les haies.

Il songea, par imitation autant que par intuition que ces arbres d'une autre nature, réagiraient de la même manière à ces curieuses coupes. Bien vite, il constata que ses chèvres étaient gourmandes des pousses qui jaillissaient abondamment de la vilaine trogne. C'est ainsi qu'il songea à se prémunir d'une éventuelle sécheresse en taillant à tout va ses curieux saules qui ne donnaient pas d'osier mais un fourrage appréciable.

On félicita l'enfant qui avait contribué à apporter une solution de repli pour les troupeaux de chèvres. On baptisa ces saules les arbres à chèvres ou encore les saules marsault. Il se trouva même que les abeilles en firent elles aussi leur miel, ce qui ne pouvait nuire à leur bonne réputation au point que le bourg devint « Le Marsaulage », pays des saules marsault.

L'ironie de l'histoire n'en resta pas là, quelques décennies plus tard, alors que cet épisode avait été oublié même si la pratique demeurait, une commune naquit en 1399 à proximité de là qui devint par une curieuse coïncidence Saint-Mathurin-sur-Loire. Le gentil Mathurin n'était plus de ce monde puisque la vie des humains est plus éphémère que la toponymie.

En la matière, les noms de villages sont malgré tout soumis eux aussi aux variations du temps et des vicissitudes des époques. Saint-Mathurin par l'effet d'une Révolution devint Port de la vallée avant que de prendre du galon en devenant Saint-Mathurin-sur-Loire et de subir les effets d'une concentration en unissant sa destinée à d'autres sous le vocable de Loire-Authion.

Les Saules Marsault eux aussi ont parfois changé de nom. Ils furent tour à tour saules des chèvres, saules mâles, Salix Caprea tout en se laissant aller à bien des appellations vernaculaires dont Marsaule, Civette, Bonnade, Boursault, Saule cendre, Saule gris, Gévrine et encore Vorde à moins que d'autres désignations ne sortent de nos provinces.

Quant à notre brave chevrier, il tomba dans l'oubli faute sans doute d'avoir porté une particule ou bien d'avoir glissé sur le papier son histoire. La première raison ne mérite pas de se mettre martel en tête tandis que la seconde fait déplorer qu'il y eût bien des humains à travers les époques qui furent privés de cette merveilleuse compétence. Mais qu'importe ce qu'il était, il avait bon jugement et esprit d'initiative, ce qui lui vaut cette histoire.

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L
Ah oui, Saint Mathurin sur Loire est près d'Angers, une autre Saint Mathurin se trouve près des Sables d'Olonne... <br /> <br /> "en 1849 l'inauguration de la gare scelle l'entrée de la ville dans la modernité avec le passage du chemin de fer qui est la cause du déclin de la marine sur Loire à partir de la seconde moitié du XIXe siècle t"
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R
LH<br /> <br /> Une autre époque s'ouvrait même si cette partie de l'Anjou a su repousser l'urbanisme vertical pour conserver son charme.<br /> <br /> Un dépaysement total <br /> <br /> Bon dimanche