Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.
27 Février 2026
Galerie de monstres
Si le grand maître des eaux et forêts était encore parmi nous, il est vraisemblable qu'il ne saurait plus où donner de la plume ni quels animaux mettre en scène pour décrire les grands de ce monde. Jean de la Fontaine ne pouvait se douter que le petit monde feutré du pouvoir en son époque ne serait que de la roupie de sansonnet comparé à tous ces personnages riches, célèbres, imbus de leur personne tout autant qu'éprouvant un incommensurable mépris pour le reste de l'humanité.
Chaque jour de nouvelles déclarations, d'odieuses révélations, de scandaleux agissements et d'ignobles décisions pour maintenir la domination de l'argent, de la force, de la bestialité et le pouvoir des plus abjects d'entre nous. Le fabuliste se serait tourné comme il le fit si souvent vers le loup, si commode à son époque pour illustrer la cruauté et la férocité.
Mais la comparaison ne rend absolument pas compte de la déraison de l'heure. Jamais une horde de loups affamés ne pourrait rivaliser avec ceux qui dirigent le monde. Leur violence est sans commune mesure, leur appétit plus grand encore et les moyens employés pour martyriser la planète tout entière si loin des pratiques lupines. Quant au renard, il ne pourrait faire comparaison, ces gens sont tout sauf rusés et malins.
Le crabe à son tour sortirait du panier dans lequel ils aiment à s'entre-déchirer mais la métaphore ne vaut que pour leur appétit à se manger entre eux ce qui diffère singulièrement d'une réalité où ces gens se tiennent les coudes pour se gaver sur le dos des malheureux. S'ils en pincent, ce sont pour les comportements lubriques qu'une affaire récente met au grand jour.
Il convenait de changer d'espèce tout en restant dans le même élément. Le requin à ce titre ferait merveilleusement l'affaire ayant tous les attributs pour représenter de manière idoine la voracité de ces immondes personnages. Mais avoir la dent dure ne suffit pas à exprimer leur appétit à toujours plus se gaver sur le dos de leurs victimes, du menu fretin à la grosse prise.
Les rapaces représenteraient sans nul doute une illustration plus fidèle de leurs agissements. Mais comment choisir dans cette classe dans laquelle certains spécimens brillent par leur beauté ce qui ne servirait en rien notre désir de comparaison. Il se peut qu'en se tournant vers les charognards, la vraisemblance serait plus juste.
Hélas, à y regarder de plus près, ces derniers ne font que se repaître de cadavres qu'ils n'ont nullement occis à la différence des monstres que nous entendons dépeindre sur les traits d'une créature animale. Le constat est patent, nulle bête, fut-elle rangée dans l'insidieuse catégorie des nuisibles ne peut faire autant de mal que ceux-là. Les grands fauves de leur côté conservent fière allure ce qui rend impossible toute analogie avec ces êtres sans classe ni dignité.
Il nous reste bien les chimères et les créatures mythologiques pour tenter de s'approcher d'une image cohérente et vraisemblable. Mais, même dans ce panthéon terrifiant, nous ne parviendrons jamais à égaler en lubricité, avidité, cupidité, férocité et bestialité tous ces personnages qui se prétendent maîtres du monde.
La seule comparaison qui peut fournir une description approchante de tous ces vampires, parasites immondes, prédateurs insatiables, princes des ténèbres et tyrans sanguinaires, ferait appel aux hôtes de l'enfer. Satan, Lucifer et tous les diables pourtant, ne seront jamais à la hauteur de perversion de ces tristes sires qui constituent le gratin de la société.
Laissons-les croupir dans leur fortune, leur pouvoir, leur égoïsme. Ils ne méritent pas même que l'on déshonore un animal ou une créature imaginaire pour tenter d'écrire des fables à leur propos. Jean de la Fontaine, fort heureusement, n'a pas eu à côtoyer de tels déchets de l’humanité qu'ils soient Président, milliardaires, ancien ministre de la Culture et autres conseillers spéciaux. Qu'ils périssent tous dans les flammes de l'enfer sans que nul ici-bas, ne prenne la peine de leur trousser une oraison funèbre.