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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

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Les bravaches qui rient.

La boîte de camembert

 

Ils affrontent le suffrage électoral le sourire aux lèvres en guise d'argument fourrager. Il leur en faut bien du courage pour se présenter ainsi aux yeux de tous avec un slogan qui enfonce le clou : « Ici, c'est Orléans ! ». Il est bon de jouer de la redondance au cas fort probable où les électeurs ne savent plus où ils habitent. Et puis, profiter de la confusion avec le nouveau nom de France Bleu ne mange pas de pain pour qui entend ratisser large et surfer sur l'onde du succès.

Que cette étiquette de camembert renvoie à une stratégie publicitaire éculée, archétype d'un consumérisme le plus effréné a de quoi surprendre dans cette campagne à l'américaine. Sans doute il s'agit de laver plus blanc et de se faire mousser un peu même si ce n'est pas ici une publicité pour une lessive. Il y a du reste largement de quoi se faire des nœuds au cerveau dans cette offre électorale multiple et parfois si semblable.

Alors, autant jouer le cœur de cible en précisant qu'il faut voter juste et pour se faire de mettre en avant le centre du cercle, là où il est permis de viser. Ici et nulle part ailleurs, admirez donc le candidat avec pour unique motif, de porter son choix ou son tir sur le visage radieux du postulant. Pour avoir droit à ce traitement de faveur il convient de se montrer coulant, de n'avoir jamais essuyé les plâtres et de ne faire aucun quartier sur les sujets qui fâchent.

On ne peut donc se présenter devant les suffrages avec une mauvaise mine en se fiant à l'adage crémeux de la place qui détermine la ligne politique de notre bon pasteur : « Le laid n'est pas cru ! ». On devine néanmoins derrière ces simagrées laitières, la crainte de voir surgir le diablotin du cœur de Lion et du jambon, le brave Richard au lait entier, qui se présente sur un label différent quoique fort ressemblant.

Pour rester à flot et s'engager sur un cinquième mandat, notre bon échevin croise les doigts avec un bon camembert coulant. C'est défier les lois de la navigation en eau trouble et prendre le risque d'attirer les critiques des soupes au lait, cohorte à laquelle je me targue d'appartenir. Je ne pouvais pas passer devant une telle communication sans faire mon beurre même si nombre des candidats se targuent d'appartenir à la crème de la société.

L'image domine les débats et envahit les réseaux. Curieusement si au salon de l'agriculture, les bovins ne sont pas les bienvenus, sur les écrans, se multiplie à l'envie l'image de nos bravaches qui rient. C'est un bonheur d'admirer leur face radieuse sans pourtant vérifier leur sincérité en tâtant de la croupe. L'électeur local n'est ni maquignon ni personnalité en goguette.

Ici donc c'est Orléans et il ne s'y passe rien comme ailleurs. Pour appartenir au cercle restreint des élus, il faudra passer par cet affichage qui fera le bonheur des tyrosémiophilistes (collectionneurs de boîtes de camembert) qui viendront ainsi compléter leur récolte. Entre la bonne poire et le dessert sirupeux, la liste tiendra lieu de plateau de fromage dans une nation qui jusque-là comptait 1200 sortes de produits obtenus par la coagulation du lait.

Une question néanmoins vient titiller le persifleur. Dans cette belle galerie de portraits n'y aurait-il pas quelques chèvres, une ou deux brebis galeuses, quelques peaux de vache et un ou deux yacks égarés. La seule certitude c'est que le pâtre entend mener son troupeau à la baguette d'une main ferme.

En cas de victoire, ils seront tous munis d'une cloche au cou afin de les reconnaître tous en les distinguant des affreux loups qui entendent fondre sur le troupeau afin de prendre la place. La vie locale est décidément une véritable et inépuisable source d'inspiration et à chaque saillie de cette classe politique locale, je bois du petit lait à l'idée de me gausser d'eux en leur rappelant qu'Orléans était jadis célèbre pour ses guêpins.

 

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