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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

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Jouer comme un pied.

Pourvu qu'il soit tanqué

 

 

Vincent Monluc

Qui passe la main doit trouver de quoi s'occuper. Puisque l'occasion fait le larron, une petite partie de pétanque fera bien l'affaire. C'est donc au pied levé que j'en acceptai l'augure, me frottant déjà les mains devant cette belle perspective d'autant plus qu'en ce mois de janvier, la météo était incroyablement clémente.

Sans pousser le bouchon trop loin, j'avais malgré tout la prétention de tirer mon épingle à ce jeu pour lequel hélas, je n'avais qu'une corde à mon arc. Incapable de tirer, si ce n'est à la ligne, je me contentais jusqu'alors de pointer de manière honorable. C'est du moins ce qui émanait des expériences précédentes.

Vincent Monluc

La chose peut surprendre pour qui revendique la réputation absolument méritée de disposer de deux mains gauches dès qu'il s'agit de les utiliser à quelques pratiques nécessitant habileté et précision. La pétanque jusque-là faisait exception à cette triste réalité, preuve s'il en est qu'avec un petit effort, tout espoir n'était pas perdu pour l'art délicat des travaux manuels.

Enfin c'était un vain espoir car aujourd'hui, j'ai joué comme un pied. La remarque peut surprendre qui s'intéresse à ce jeu méridional qui recourt désormais à un cerceau pour y tanquer ces deux pieds joints, afin de ne pas tirer sur la corde pour gagner de précieux centimètres. Est-ce la raison qui me poussa à pointer en dépit du bon sens, à ne pas m'approcher du but de manière convaincante ? Je ne puis m'avancer au risque d'essuyer les foudres de mes partenaires.

Vincent Monluc

Plus je visais avec application, plus le résultat était désastreux au point de plomber les chances de mon équipe. Je jouais comme un cochon, voilà la triste réalité qui explique cette confession publique, cette manière d'expiation après avoir dû embrasser Fanny. Cet aveu risque fort d'avoir des répercussions dans mon couple, je vais me faire taper sur les doigts.

Ne pensez cependant pas que j'ai pris mon pied avec cette Fanny. Il ne s'agit qu'une d'une parabole allégorique jouant de la métaphore afin d'exprimer la honte absolue à ce jeu quand on perd de manière déshonorante. Je n'ai même pas été fichu de compter sur les doigts d'une seule main les points que je n'ai pas fait.

Jouer comme un pied dans un sport de main c'est vilain. On ne peut mieux dire tandis qu'il convient de tirer un trait pour effacer cette humiliante déconvenue. J'eusse voulu jouer aux cartes que j'aurais pu prétendre que j'avais de mauvaises mains, mais dans le cas présent, c'est la dextre droite qui était en cause de manière strictement singulière.

Vincent Monluc

Je n'étais pas adroit et pourquoi pas le reconnaître, particulièrement maladroit sur ce coup-là. J'eus beau me démener, je n'ai pas gagné une mène pour un zéro pointé qui me reste en travers de la gorge. Désastre supplémentaire, les vainqueurs, non contents d'avoir vaincu sans le moindre péril, me mirent dans l'obligation de changer de cible afin de glisser sur le papier, ce récit en guise de macération suprême.

Je m’exécute sans espérer qu'il y aura des lecteurs pour venir à beau de cette punition à l'allure de pensum. Certains vont penser que je perds la boule ce qui ferait grande redondance avec ce qui vient de m'advenir. D'autres se refuseront de prendre au pied de la lettre ce récit. Je ne puis leur donner tort.

Vincent Monluc

Notez au passage la contradiction dans laquelle mes adversaires m'ont engagé. Pour rédiger ce billet, il convient malgré tout de ne pas écrire comme un pied et d'user habilement de ses doigts pour les poser au bon endroit, sur la bonne touche tout en utilisant parfois le pointeur que d'aucun nomme curseur pour apporter de légères modifications.

Tout ça pour remplir ma mission et parvenir malgré tout au terme de ce périlleux et laborieux exercice à glisser une dernière lettre à proximité immédiate du point final, celui qui me permettra de sauver l'honneur.

Vincent Monluc

 

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