Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.
25 Juin 2025
Pauvre de nous.
/image%2F0994634%2F20250625%2Fob_7db135_v2.jpg)
Tenter l'aventure de dire une faribole en spectacle relève sans nul doute de la plus pure extravagance, tant notre niveau collectif de compréhension de la langue a subi de plein fouet le rouleau décompresseur de l'inculture globalisée chère à ceux qui ont dessein de transformer les humains en robot malléable et corvéable à merci. Tout d'abord il s'agit de faire comprendre ce terme de faribole avec l'explication oiseuse qu’innocemment j'avance :
« Un certain Jean qui quoique grand maître des eaux et forêts, n'avait pour seule source d'intérêt qu'une modeste fontaine. J'ai quant à moi l'ambition de narrer tout ce qui se trame autour d'une belle et majestueuse rivière. Je laisse donc les fables à celui-ci tandis que je vous propose des fariboles ! »
Un poisson-chat, curieuse folie
Voulut manger une chauve-souris
La chose lui semblait aller de soi
Vous comprenez aisément pourquoi
Voilà que se dresse le premier obstacle majeur dans cette vaine tentative de jouer de la confusion dans la métaphore. Je m'avance bien imprudemment à prendre ? que ma comparaison se comprend aisément. J'ai déjà laissé en chemin nombre de spectateurs incapables désormais de fragmenter un terme, de donner du sens au-delà des apparences, de jongler avec les mots. Le poisson-chat du reste pose une autre difficulté puisque dans le lexique du contemporain de base, il échappe à toute forme de représentation. La suite risque d'être compliquée.
Se contenta de cette évidence
Pour satisfaire son appétence
Car jouer au chat et à la souris
Avait de quoi le mettre en appétit
Je vous avais prévenu, puisqu'en évoquant ici l'appétence je sais laisser sur leur faim nombre de personnes. Avec le vocabulaire réduit de nos semblables, ce terme ne leur restera pas sur l'estomac mais ira directement dans les oubliettes de leur mémoire. Autre pierre d'achoppement, l'usage implicite d'une expression pourtant fort usitée au siècle d'avant le matraquage numérique : « jouer au chat et à la souris » n'a plus aucune référence moderne.
Se posa la question du comment
Problème qui lui causa un grand tourment
Un petit détail devient son fardeau
Comment attirer sa proie dans l'eau ?
Pour reposer les esprits, un quatrain sans difficulté majeur est du meilleur aloi. Cependant, il est possible que le terme proie vienne choquer subitement les bisounours de la nature, ceux qui estiment dans leur grande naïveté que nulle prédation ne devrait se faire. C'est donc en marchant sur des œufs que j'aborde la suite.
Une énigme tirée par les cheveux
Pour qui au ciel levait les yeux
Il fallait renverser l'équation
Afin que s'envolent ses aiguillons
/image%2F0994634%2F20250625%2Fob_2cfec5_vincent.jpg)
Cette fois la communication se brouille et je perds ici la presque totalité des auditeurs. Pourquoi diable évoquer les cheveux alors que dans l'instance plus personne ne sait la réputation fallacieuse que l'on attribuait aux chauves-souris. Pour aggraver mon cas dans une œuvre qui se prétend fort abusivement littéraire, parler d'équation c'est se mettre à dos tous ceux qui font une allergie à la chose mathématique. Quant aux aiguillons, ils resteront en travers de la gorge du plus grand nombre.
C'est en se frisant les moustaches
Qu'il se mit alors à la tâche
Désirant faire de ses ardillons
Des hélices pour son hydravion
Pour accentuer le désappointement, les moustaches viennent une fois encore semer le trouble chez ceux qui sont hermétiquement allergiques à la métaphore. La suite étant du même tonneau avec de plus l'intrusion de l'hydravion, moyen de transport archaïque qui est totalement sorti du cadre contemporain, je risque fort de me brûler les ailes.
Après bien de vaines tentatives
Toutes aussi peu opératives
Il dut se rendre à l'évidence
Voler sortait de ses compétences
Fort heureusement, je ne pousse pas le bouchon plus loin et me contente de rester terre à terre sur la partie finale. Il est vrai que l'adjectif opérative sera lui aussi peu porteur de sens et atteste que j'ai fait là un fort mauvais calcul.
Jamais ce malheureux poisson-chat
Ne put goûter ce plaisant repas
La chauve-souris restera un désir
Que jamais il ne pourra s'offrir
La suite relève du caillou dans l'eau. Évoquer de nos jours un désir que l'on ne peut satisfaire, faire implicitement référence à la frustration c'est se mettre à dos tous les petits tyrans domestiques qui entendent satisfaire tous leurs besoins. La faribole leur fait découvrir un impossible qui ne saurait leur convenir.
Méfiez-vous des mots qui nous leurrent
Ils se parent souvent d'habits trompeurs
Si comparaison n'est pas raison
Cette histoire en fera démonstration
La chute s'avère d’autant plus risquée qu'elle s'aventure sur les chemins escarpés de la morale. Voilà bien un terme devenu parfaitement obsolète puisqu'il s'agit désormais ne plus fixer des règles de comportement dans une société où la liberté de chacun prime sur toute autre considération.
Si bien qu'un simple trait d'union
Se complaît à jouer les garnements
Fort de cette humble fusion
Il vous trouble alors l'entendement
Dans un souci désespéré de faire sens tout en tentant une improbable explication pédagogique, le trait d'union sèmera plus sûrement la discorde que la concorde. L'époque n'est certes plus au programme commun, chacun jouant de sa partition sans se préoccuper de ses voisins. L'union est ainsi un lointain concept qu'il convient de rayer d'un trait final.