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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Jusqu'à Saint Élie de Caxton ...

Le contaillon virevolteur ….




Ma longue marche d'Orléans à Albi, par la magie de la toile, de la générosité d'une dame et de la grande Providence, m'a permis, un samedi soir de novembre, de poser mes petits pas d'écriveur occasionnel dans les traces d'un géant du conte :  Fred Pellerin, de Saint Élie de Caxton.

À Saint Élie de Caxton, l'arbre à palabres est pomme de discorde. Le fruit demeure défendu, pour dame Ève comme la jouvencelle Lurette. Pourtant, quand la belle croque si juteuse pomme à fable, la vie du village bascule une fois encore dans les méandres du mystère et de la sorcellerie.

Le prêcheur se prend les pieds dans la divine Providence, il inaugure son apostolat par un jugement à la Salomon. Partager ce n'est pas de la tarte, chacun réclame sa part et celle de Dieu se doit toujours d'être la plus grande quand on est au Québec.

Le coiffeur, grand buveur devant l'éternel, réclame le dû de son jus de vessie. L'abbé tique, « récalcite, calculite » et tergiverse. Le Tout Saint Élie vient alors réclamer sa part de feu l'arbre. Les racines à l'air, le fruitier a sonné le glas et la mort réclamera sa proie.

L'arbre de vie n'est plus, la camarde peut pointer son profil lugubre dans ce village sans histoire où tout va de travers, surtout les coupes de cheveux. Elle devra se colleter la sorcière locale, une dame pas commode, un peu revêche, franchement belliqueuse quand elle a le pétoire en main.

Les cartes sont distribuées, le forgeron, le curé, la belle Lurette, la sorcière et la mort vont jouer au pisseur, jeu de cartes et de mots ou la dame se pique de percer les cœurs. Grand tumulte, belle agitation, à Saint Élie de Caxton les cloches se passent parfois de bedeau !

Fred Pellerin rentre dans la contre-danse. Il narre et chante le combat éternel entre la vie et la mort, la sagesse et la folie, la fureur et la douceur. Il nous baille un récit à dormir debout, s'égare dans les circonvolutions éthérées de son lexique à parlure. Il détrousse les mots, détourne le sens, déraille et déblatère,  transforme, transfigure, transporte tout ce qui lui tombe sur la langue de chez lui pour nous le glisser dans nos oreilles d'ici.

Nous nous gaussons, nous éclatons de rire ou de confusion, nous nous esclaffons à ses niaiseries hilarantes. Nous nous taisons quand la farce devient émotion majuscule pour nous enfuir bien vite dans les sentes de la pirouette salvatrice. Fred Pellerin a le talent des mots, la passion des hommes, la grâce des talents purs.

Il chante à vous fâcher pour toujours avec vos cordes vocales. Joue du piano à bouche, qu'il désigne, allez donc savoir pourquoi de « Ruine babine », turlutte quelques petits airs de chez lui quand son auditoire a besoin de souffler sous l'avalanche lexicale.

Puis il remet son moulin à paroles en branle. Dans la boîte à silence de sa grand-mère, il puise un patrimoine qui, à jamais fera, de nos cousins de la belle province, des enfants oubliés du royaume de France. Le ton est grave, la lutte féroce ; parler en français c'est chaque jour un combat à mener contre la langue impérialiste, contre la facilité des discours simplistes.

La langue est notre combat, notre arme et notre bouclier. Rire, chanter, inventer, rêver où songer, elle est de toutes nos aventures, de toutes nos fantaisies et croyez-moi, à Saint Élie de Caxton, il y en a une belle flopée !



Pressez-vous de vous joindre aux initiés et occupez les quelques places libres du théâtre « L'Européen » Rue Biot à Paris.

Conteurement sien.
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