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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Aventure africaine

Le contexte et le début de cette aventure africaine.


 


Qui a joué au Rugby souhaite faire partager ce bonheur autour de lui. C'est ce qui advient à Serge, vieux crampon devant l'éternel et amateur éclairé de la chose ovale.

Serge, entre autres défauts, est l'époux patient d'Éliane, la dévouée secrétaire de l'association « K.... ». Cette œuvre humanitaire a jeté son dévolu sur le village  au Burkina-Faso, état francophone coincé entre le Ghana, le Benin, le Niger et le Togo.

Pour le pays des hommes intègres, une bande d'amis de Coulommiers a souhaité donner du sens à une existence confortable de quinquagénaires occidentaux. L'association « K...... » est née de cette louable volonté et depuis quelques années se démène pour obtenir des fonds pour le développement de ce village.

Un dispensaire, un puits, un collège furent ainsi initiés par ce groupe obstiné, motivé et déterminé qui va jusqu'au bout de ses rêves, y compris les plus fous. Un premier voyage avait été précédé d'un contener contenant parmi des milliers de chose utiles, 12 ballons de football et autant d'étranges ballons qui n'étaient point ronds ainsi que des maillots chamarrés pour habiller les futurs sportifs du lycée local !

Ce voyage avait été exclusivement consacré à la mise en place des infrastructures et aux prises de contacts indispensables. Les ballons un peu pointus étaient restés dans leurs plastiques et Serge, en vieil ailier intenable en avait un peu de chagrin …

Il patienta jusqu'à cette deuxième expédition avec cette fois la ferme intention de faire chanter le cuir sur la terre battue Burkinabaise. Le sport Roi allait trouver chaussure à son pied avec près de cinq cents gamins de 14 à 18 ans qui piaffaient d'en découdre avec ce jeu qui a rendu un de leur compatriote célèbre. Fulgence Ouadraogo est un de leurs et ils le savaient.

 


Partout sur cette Terre, les formalités administratives demeurent incontournables. Une visite au Principal la veille de l'animation. Il écoute d'une oreille distraite et confie comme il se doit quand on occupe une fonction d'importance le bébé à un subalterne : le professeur de sport. Le beau Serge et le gentil sportif se mettent d'accord pour que le lendemain, trente gamins triés sur le volet attendent les deux initiateurs occasionnels.

Ce mercredi-là, sous les coups de 14 heures et d'innombrables rayons de soleil, il ne faisait pas moins de quarante cinq degrés. La sélection ayant été impossible tant l'enthousiasme et l'attrait de la nouveauté avaient été grands, cinq cents gamins attendaient les premiers heurts d'un sport qu'il suivaient parfois sur les chaînes satellites.

Rendez-vous était fixé sur les deux terrains approximatifs où bringuebalaient des buts de football, ce sport universel au Burkina comme partout ailleurs. Même en cette terre africaine, il existe un club des supporters de l' O. M.; c'est vous dire si la chose est grave et que l'initiation au Rugby devenait urgente et salutaire …

Serge et Mariano, son compagnon d'Ovalie d'antan furent surpris par le nombre, un peu désarmés reconnaissons-le et j'en connais plus d'un qui eut pris peur devant ce défi qui s'annonçait. Perturbés par la chaleur, ils avaient omis de se munir d'un sifflet et dans le brouhaha environnant, ils ne purent se faire entendre !

Le professeur, habitué aux conditions locales, ne perdit ni son sang froid ni son esprit d'à propos. Il organisa des groupes de couleurs et demanda aux  jaunes et aux rouges de bien vouloir s'échauffer …

 

Initiation par quarante cinq degrés à l'ombre.


 


C'est dans le plus parfait ordre qu'une cinquantaine de jeunes portant tee-shirt jaune tournaient dans un sens tandis que tout autant de joueurs en rouge tournaient dans le sens inverse. Si la discipline fait la grandeur des nations, l'Afrique en général et le Burkina-Faso peuvent espérer de grandes choses pour l'avenir, ce qui est loin d'être le cas pour notre vieille Europe libertaire.

Le nombre préoccupait encore fort nos deux apprentis initiateurs, dépourvus tout autant de sifflet que d'expérience dans ce délicat domaine de l'apprentissage rugbystique. Mais, dans un vieux crampon sommeille toujours un entraîneur qui s'ignore et qui ne demande qu'à se révéler.

L'occasion fit le Larron pour ces deux gaillards à qui cette expression convenait à merveille pour qui les a croisés dans l'une de leurs innombrables foires. Ce jour-là, pourtant, ils étaient d'une remarquable sobriété, ce qui atteste du sérieux avec lequel ils affrontaient cette mission.

Après une intervention déterminante du professeur de sport, le nombre des candidats à la découverte ovale fut ramené à trente, le nombre idéal pour un ancien joueur dépourvu de l'indispensable formation fédérale. Il était dit que rien n'arrêterait Serge et Mariano et la suite nous prouvera que la persévérance et parfois plus utile que la compétence.

 


De l'ampleur de leur tâche, nos duettistes décidèrent de constituer une mêlée fermée. La chose peut surprendre l'expert, elle leur permit néanmoins de structurer leur démarche en concentrant à portée de voix, plus de la moitié de leurs ouailles. Ils fixèrent la seule règle de l'en-avant, cette étrangeté du Rugby, acceptée tant bien que mal par ces néophytes intégraux.

Et la partie commença. Curieusement, il ne se passa rien ! Les attaquant reculaient et finissaient penauds derrière leur propre ligne d'en-but. Il fallut patience et persévérance pour que les prémisses d'une vraie action apparaissent. Maigre bilan pour ce premier quart d'heure improductif.

Il y eut alors une première rotation, l'apport de troupes fraîches qui avaient pris la précaution d'assister à cette première tentative à l'ombre de quelques arbres. Et le miracle eut lieu. Soit qu'ils avaient intégré la problématique spécifique à ce sport exigeant, soit qu'ils étaient naturellement plus performants que leurs prédécesseurs, le ballon avança tout en reculant et il y eut un essai, enfin !

Puis d'autres rotations se succédèrent. Un joueur particulièrement brillant et véloce inscrivit quatre essais en un quart d'heure, il avait tout compris et sa vitesse faisait merveille. Serge tient à ce que je signale qu'il est l'agent de ce garçon et que les clubs français intéressés doivent passer par son intermédiaire pour négocier un premier contrat.

La folie gagna l'assistance et l'impensable eut lieu. Le premier match féminin de l'histoire Ovale du Burkina-Fasoa se déroula alors avec nos deux missionnaires qui en perdaient leur latin.

Les deux heures passèrent ainsi sous le soleil et l'enthousiasme général. Comme partout, des gamins restant à la périphérie, se débarrassant de la balle pour éviter l'affrontement. D'autres aimèrent immédiatement la confrontation directe .Certains brillèrent dans l'art de l'esquive.

 

 


Le Rugby ne demande qu'à se développer dans ce coin isolé de l'Afrique. Pour leur prochain voyage, nos amis de « K..... » aimeraient fournir à ce professeur convaincu, du matériel d'initiation, des documents pédagogiques pour compléter l'apprentissage un peu sommaire de nos deux experts et pourquoi pas, la visite de Fulgence ?

Si des responsables de la fédération française de Rugby lisent ces quelques lignes, qu'ils  donnent signe de vie, pour que cette initiative se prolonge et s'amplifie.

Afriquement vôtre

Avertissement :

Ce texte n'engage que son auteur et l'association ne peut en aucune manière être tenue pour responsable de ce ton légèrement décallé qui agace ceux qui sont privés du sens de l'humour ou de l'auto-dérision.

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