Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le petit chapeau rond, rouge.

De Saint-Michel-Chef-Chef.

 

 

Il advint qu'en Bretagne, à Saint-Michel-Chef-Chef, le sort des couvre-chefs ronds n'est pas toujours très enviable. La chanson leur fait porter le chapeau sans qu'on sache vraiment si l'ironie perce sous la rengaine. Pour beaucoup d'entre eux, le noir leur permet d'éviter de tomber dans le piège ce qui ne fut hélas pas le cas de ce malheureux galurin qui eut la malchance d'être tout à la fois pas bien grand et rouge.

Robin, notre petit chapeau rond rouge sentit dès sa sortie de la chapellerie, des regards suspicieux se porter sur lui. Nombreux étaient d'ailleurs ceux qui le regardaient de haut, ce qui dans sa situation, ne signifiait rien de bon. Il se dit qu'il serait opportun de prendre un peu de hauteur par l'intermédiaire d'une plume ou d'un quelconque signe extérieur de fantaisie.

Il pensa tout naturellement se parer d'un plumeau de faisan, désirant ainsi quitter sa Bretagne natale pour se grimer en bavarois authentique. Ainsi, il ne fit guère illusion d'autant plus que tous les oiseaux du pays, par solidarité sans doute, l'aspergèrent de fientes jusqu'à ce qu'il renonce à se hausser ainsi. Surtout agressé par les goélands, il ressentit une forme de trahison régionaliste. Quitte à porter le pompon, autant que ce soit au sens propre, ce qui en la circonstance, laverait l'affront. Hélas, mille fois hélas, le chapeau rond n'avait pas le pied marin, cette réponse n'était pas ad-hoc.

Après que les oiseaux lui eurent volé dans les plumes, après son échec maritime, Robin chercha une autre manière de se distinguer du commun des calots marins. Il avait côtoyé bicornes et tricornes sur l'étalage de son magasin et se dit qu'il y avait une possibilité d'échapper à sa triste condition. Le petit chapeau rond rouge s'enquit d’un trophée de chasse, une belle paire de cornes dont il pouvait se couvrir sans honte, n'ayant jamais marié sa destinée à une mantille.

Il avait commis une erreur d'appréciation. Les cornes le placèrent sous le feu des chasseurs de la contrée, toujours prêts à compléter leur tableau avec une pièce originale. La vie devint pour lui un enfer sous le feu croisé des défenseurs de la cause animale et des rois de la gâchette. Ne désirant pas avoir du plomb dans sa feutrine, il déposa ses bois pour se mettre en quête d'une nouvelle excroissance.

C'est en passant devant une crêperie qu'en bon chapeau rond, Robin eut la curieuse idée de se couvrir le chef d'une galette. La chose peut surprendre qui ne connaît pas l'atavisme local. Le petit chapeau rond rouge avait le choix entre le sarrasin et le blé noir. Qu'un jour, pareille alternative vous échoit, je ne doute pas un instant que vous pencheriez pour le froment. Notre galurin en fin lettré, opta quant à lui pour le blé noir, estimant que le rouge et le noir se marieraient fort bien.

Il ne tarda pourtant pas à tomber sur les lazzis des moqueurs qui unanimement estimaient qu'ainsi affublé d'une galette, le chapeau avait une drôle de trombine. Il devait se résoudre à l'évidence, il convenait de changer son fusil d'épaule afin d'explorer une nouvelle manière d'échapper à son triste sort. Se pensant sous le coup d'un sortilège, il estima qu'un porte-bonheur pouvait le tirer du pétrin.

Renonçant à se couvrir d'un fer à cheval pour ne pas enquérir la foudre, il jugea préférable de fixer une patte de lapin à son rebord. La superstition est un penchant naturel auquel n'échappent pas les chapeaux. Il se sentit mieux, assuré qu'il était d'avoir conjuré le sort. Il eut soudain tellement d'assurance qu'il s'enhardit à partir à l'aventure dans la grande forêt de Brocéliande ; quand on s'appelle Robin, quoi de plus naturel.

Il avançait tête haute, heureux de son sort et bien décidé à pousser ses pas vers la maison de sa grand-mère, une grande coiffe bigoudène. Il ne pouvait se douter que dans un fourré, tapis là, se tenait un terrible loup en quête d'un mauvais coup. L'animal avait depuis longtemps renoncé à tourmenter les petites filles, cette fâcheuse habitude ancestrale, ayant valu à lui et aux siens, une fort mauvaise réputation.

C'est donc la patte de lapin qui attira son attention. Il vit là une occasion de se remplir la panse même si son espèce est dépourvue de la chose. Il se jeta sur le petit chapeau rond rouge et n'en fit qu'une bouchée. L'histoire eut pu s'arrêter là si le loup n'avait été soudain pris de nausée. Il rendit ce festin indigeste qu'il n'avait pas pris la peine de mâcher.

Le petit chapeau rond rouge quoique tout chiffonné, se dit à juste titre qu'il avait eu très chaud. Il renonça à sortir de sa condition. Il s'accepta tel qu'il était, sans véritable tenue, sans plus jamais chercher à se prendre pour un autre, chapeau claque ou bien haut de forme, melon ou cloche, canotier ou béret. Il chercha derechef un crâne sympathique à couvrir dans l'instant. C'est sur un sonneur de cornemuse qu'il jeta son dévolu, vivant alors sa destinée au son de la musique. Le Bob était né ...

À contre-emploi.

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article