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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La cérémonie.

Pourquoi faut-il en faire un pensum ?

 

 

 

Une fois encore, par inadvertance plus que par conviction, je me suis retrouvé parmi les participants anonymes d'une cérémonie du onze novembre. À distance certes, parce que je ne suis pas de ce charmant petit village rural tout autant que pour capter les rayons d'un soleil timide, j'ai observé l'immuable répétition d'un rituel bien plus militaire que républicain.

Pourquoi être si martial quand il s'agit d'honorer ceux qui sont tombés par la faute justement d'une folie guerrière qui échappe à tous les calendriers et les géographies ? La musique qui marche au pas, les ordres donnés pour que s'ébranle le cortège, les mines de papier mâché, le silence pesant et les discours sans envolées lyriques, sont les compagnons de la sonnerie au mort et de la minute de silence, ces incontournables qui n'ont pas besoin du reste pour conserver leur valeur.

Le dépôt de la gerbe ponctue une scénographie, toujours aussi cérémonieuse, le pléonasme s'impose pour décourager définitivement les jeunes générations de participer à ce fameux devoir de mémoire (terme abominable qui suppose une injonction) qui doit semble-t-il, obligatoirement être un pensum neurasthénique. C'est à désespérer de la volonté de faire de la citoyenneté une notion dynamique et enthousiasmante et tandis que la mémoire se prend les pieds dans la volonté du pouvoir d'instrumentaliser l'Histoire.

Et encore, dans cette commune, il y a un public nombreux avec des jeunes gens et des enfants qui sont venus lire, fort bien du reste deux textes sur le sujet tandis que le maire de la commune se livrait avec grande habilité oratoire à la communication du discours ministériel. Ce fut d'ailleurs là, l'occasion pour moi de découvrir avec effroi qu'il y avait un secrétariat d'état à la mémoire flanqué de la responsabilité des anciens combattants. Terrible juxtaposition qui place la mémoire uniquement dans le champ guerrier.

Seul petit détail discordant, le député se présenta sans son écharpe. Tout ceci, fort heureusement se terminera dans une magnifique salle des fêtes datant de 1932, véritable petit bijou d'architecture art moderne qui mériterait que de nombreux spectacles s'y déroulent. Pour l'heure ce fut un vin d 'honneur à ne pas faire la fine bouche, tant bénévoles et élus se mirent en quatre pour faire de cet instant un véritable moment de convivialité. Je comprenais mieux alors l'affluence à cette cérémonie.

Ce n'est donc pas vis à vis de cette commune que portent mes réserves sur la ritualisation de nos cérémonies. Ici, manifestement, le désir de maintenir un rendez-vous populaire autour du souvenir et de la commémoration est clairement affiché avec un succès évident, puisque les gens de ce village répondent présents. C'est bien dans la manière d'envisager le protocole dans les grandes villes et au niveau de l'état que se situe l'écueil qui pousse, à faire de ces moments, des rendez-vous du quant à soi pour lesquels il est primordial de figurer sur le cliché.

Qu'on s'y ennuie ferme, que la parole y soit guindée, sans flamme malgré le désir de la raviver symboliquement, sans discours véritablement pacifique et citoyen, sans expression autre que la voix pompeuse de l'état, sans la vision des artistes et des simples gens, est une manière d'accaparer toujours plus la parole dans une démocratie confisquée.

Ceux qui ont été sacrifiés et qui sont honorés ainsi, n'avaient à l'époque, nullement le droit à la parole, il en va de même aujourd'hui pour leurs lointains héritiers. L'accaparement du discours officiel et public est bien la marque d'un système politique où la représentation nationale au final, ne représente qu'elle-même et éventuellement les groupes de pression qui la soutiennent. Le peuple restera éternellement repoussé à la périphérie dans une République qui n'a de cesse que de réclamer le sacrifice des plus humbles.

À contre-feu.

 

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