Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.
25 Octobre 2022
Pratique d'un autre temps.
Quand plus rien ne tourne rond, les ronds eux-mêmes se mettent à perdre la tête sans s'en rendre compte. Le chiffre qui du reste est un nombre, se plaint à jouer de la virgule comme de la particule, afin de démontrer son désir d'afficher le juste prix. La justesse s'encombre de décimales qui loin de simplifier l'existence, complique singulièrement la tâche quand le liquide vient suppléer le paiement électronique.
Je devine que ce préambule va laisser sur la touche nombre d'entre-vous, adeptes de la carte bleue ou plus diabolique encore, utilisateur du paiement par téléphone interposé. Qui n'a jamais fait son marché, ignore tout du numéraire, cette solution archaïque, utilisée quelque temps encore avant que les maîtres du nouveau monde, ne suppriment l'argent liquide.
Je vous en paie mon billet que beaucoup ont renoncé à disposer d'un porte-monnaie. La pièce ne sert plus qu'à désigner au sort, qui débutera la partie, encore faut-il écrire sur ses côtés : pile ou face pour distinguer l'une de l'autre. J'exagère, certains ont conservé une pièce jaune qui a échappé à la voracité de Brigitte et Didier, afin de gratter les jeux de hasard pour empocher le pactole. Les jeux sont faits, l'argent se gagne désormais, le plus souvent, sans le moindre labeur.
Je m'égare, passe du coq à l'âne, pour faire durer le plaisir, jouer une petite pièce sur un mauvais cheval ou faire de ce billet un pensum incompréhensible. C'est pourtant que la chose est simple : faire l'appoint ne vient plus à point pour qui ne sait plus rendre la monnaie. Ne me rétorquez pas en toute logique que la carte bleue a remplacé le paiement appoint, j'y verrai là une facétie douteuse et viandarde. Le propos s'il n'est pas saignant n'en est pas pour autant dénué d'importance.
Essayons enfin de recarder le sujet, de ne point nous perdre en digressions oiseuses. L'appoint fut jadis une forme d'amabilité commerciale qui permettait au client de simplifier la tache du commerçant en lui faisant économiser sa précieuse monnaie. J'espère que vous saisissez le propos. Je crains hélas qu'il me faille prolonger l'explication dans certains restent démunis devant cette prose.
Un prix qui n'est pas rond suppose que des centimes viennent s'interposer entre les deux partenaires de l'acte commercial. Le client de nos jours se contente de sortir un billet et confie le calcul à ce malheureux vendeur, qui, puisqu'il est allé à l'école de la République, est contraint de confier à une machine, le délicat calcul de la somme à rendre. Certains commerçant sdu reste ont poussé la chose jusqu'à confier à une machine à sous la responsabilité de rendre elle-même l'argent, comme ci-celui-ci leur brûlait les doigts.
Il fut un temps donc où le calcul ne se faisait pas à la tête du client mais plus précisément dans celle-ci. Autrefois, cette opération qui ne se pose ni ne se saisit , se nommait calcul mental. Vécue souvent comme un pensum pour les forts en thème, la pratique a disparu de nos classes pour ne laisser que des diplômés incapables d'évaluer la cohérence des résultats affichés par une machine. Ceci explique sans doute, les absurdités que tentent de nous faire avaler les experts qui calculent notre pouvoir d'achat.
Le client ajoutant alors quelques pièces à son billet pour simplifier le travail du caissier. Cet ajout de ferraille à un paiement avec un billet qui dépasse déjà la somme demandée se nommait jadis : « l'appoint ». Qui pratique aujourd'hui encore, cette forme de civilité commerciale, a parfois la surprise de voir le vendeur se décomposer. Il est d'ailleurs pour lui ou pour elle, plus facile de le faire en changeant de physionomie qu'en se creusant la tête pour calculer l'intérêt de cet ajout.
Ayant rempli mon quota de lignes, je laisse en suspens la suite des opérations et des interrogations qu'entraîne cette pratique. C'est à de tels détails que l'on peut mesurer avec exactitude à quel point, comme l'affirment nos responsables politiques, le niveau ne cesse de s'élever …
À contre-retenue.