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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

De ma bourriche au bourrichon.

Vider mon sac…

 

 

 

Pourquoi diantre ce bouffon se présente-t-il à nous avec une bourriche battant contre son flanc ? Ce détail pour vous, veut dire beaucoup pour celui qui raconte des sornettes, un béret sur la tête, les pieds nus et un bâton à la main. La panoplie sera complétée par une tenue déguenillée pour ajouter au tableau une drôle de touche qui lui va comme un gant de crin.

 

C'est à la bourriche qu'il convient ici de rendre hommage d'autant que sans elle, je me sens tout nu pour affronter un public qui souvent s'interroge sur cet énigmatique objet en osier dont l'usage échappe à beaucoup. La bourriche initiale venait de la boutique du vannier de mon pays d'en-France. Monsieur Maître qui a tenu son magasin jusqu'à son dernier souffle fut un de mes lecteurs dans ce village.

 

Puis le temps fit que l'osier se délita, que l'une d'elle disparut dans les eaux tourmentées de la rivière Allier en colère, que l'autre me fut offerte par une admiratrice venue de dame Garonne. C'est à Nevers que je croisai la route d'une vannière de talent qui accepta de me créer le modèle original, bicolore qui m'accompagne encore même s’il donne des signes d'essoufflement.

 

Mais l'essentiel est ailleurs dans le rapport ancien que j'établis avec la pêche quand j'étais enfant. La bourriche était alors la compagne de celui qui allait à trousse-culotte, rabouiller le fond de la rivière Loire pour pêcher le goujon à la barbotte. Je devine aisément que l'explication vous laissera coi sans que je n'en sois nullement contrarié…

 

Surtout, elle fut le réceptacle pour les écrevisses que nous prenions dans nos balances placées juste en aval de notre cabane au fond du jardin, le long de l'affluent Loir. Nous avions alors remarqué que nos déjections qui filaient directement dans la rivière, sans autre forme de précaution, attiraient furieusement ces petites bêtes.

 

Étrangement, plus nous mangions des écrevisses, plus nous nous rendions dans ce lieu d'aisance inquiétant pour l'enfant que j'étais alors. La chose me laissa un tel souvenir que je ne cesse de me déculotter en public tout en récitant un texte qui mérite alors bien des explications et en premier lieu, la nécessité pour moi de me produire avec ma bourriche.

 

Joindre l'utile au fécal me poussa (si j'ose écrire ce verbe inapproprié compte tenu de l'effet des écrevisses sur le transit intestinal) à glisser dans ce joli panier d'osier, les accessoires qui me sont nécessaires tout au long de ce fleuve intranquille que je narre devant vous. Un téléphone portable fictif, une montre à gousset, une broche en faïence de Nevers, trois cailloux pour une éventuelle soupe, des crayons (on ne sait jamais) et des pense-bêtes pour un âne bâté qui perd souvent le fil du programme.

 

Ajoutons à cette liste, les documents et pièces personnels que je ne peux confier au hasard d'une arrière-scène qui n'est que très rarement une loge et vous n'aurez plus à me demander, la curiosité aidant, à voir le fond de mon panier. Je ne vous laisserai du reste jamais y mettre la main, le risque est grand d'un débordement que nous ne saurions que condamner dans l'état de notre société.

 

Mon panier connaît parfois son heure de gloire quand j'attribue sa fabrication à notre bonne fée locale, Houlippe en personne. Le panier devient magique tout autant que sac à malice, ce qui avouons-le, est assez semblable. Mais de ce conte, vous ne saurez rien à moins de m'inviter à venir déverser mes inepties auprès de chez vous, que ce soit sur un quai, dans une classe, un EHPAD, une salle des fêtes, dans un jardin ou dans votre domicile.

 

J'ai vidé mon sac ou plus exactement ma bourriche sans me monter le bourrichon. C'est à vous de mettre la main à la poche pour inviter celui dont le tarif est à la bourse du client. Ne vous en offusquez pas, la pêche n'est pas souvent miraculeuse, il convient de s'adapter aux circonstances.

 

À contre-sac.

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