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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Bandits du chemin de l'eau.

Les Katapontistes

 

 

 

La piraterie est à l'honneur, elle représente une forme élaborée de chevalerie de la grivèlerie, du larcin et du coup de poing. Elle se déroule sur l'eau pour ajouter un peu de poésie à ce qui sur terre, ne serait qu'un vulgaire guet-apens, un coup fourré de vilain aloi. Il en est ainsi, il y a des bandits d'honneur sous prétexte qu'ils ne mettent pas pied à terre et des aigrefins, coupe-jarrets et autres chauffeurs qui agissent en bandes organisées.

Dans l'imaginaire collectif, le bateau pirate n'est donc pas le repère d'une vilaine bande de forbans mais l'espace théâtralisé de la course pour les escumeurs des mers. Le pavillon hissé dans le mât leur octroyant la sympathie immédiate de ceux qui se rêvent appartenir à cette merveilleuse confrérie pleine de charme et de délicatesse.

C'est sans nul doute le parfum des embruns, le vent du large et la magie de l'aventure qui en fait des héros quand ceux qui pratiquent la même activité dans les bois et les rues borgnes, ne sont que des bandits de potence. Le romantisme des premiers fait peu de cas de leurs victimes, il en va toujours ainsi quand la légende s'empare des réalités sordides.

Qu'importe, attachons-nous à l'éventualité d'une piraterie de rivière pour répondre au thème d'une émission de radio. La question, pour élémentaire qu'elle puisse être : « Est-ce qu'il y avait une piraterie sur la Loire ? » ne peut se satisfaire d'une réponse hâtive. C'est du reste le terme même qui pose problème et non pas l'éventualité de malversations de larrons, de roberies ou de crime d'escumerie sur ce qui était alors la voie de transport principale de toutes les richesses du royaume.

La convoitise est d'autant plus forte que les biens disponibles sont de valeur tandis que la misère est grande dans le pays. La rapine, le vol, le brigandage sont consubstantiels au commerce à défaut d'affirmer que c'est de même nature. Il y a eu forcément convoitise et tentative de s'accaparer ce qui faisait ainsi grandement envie. Le problème est purement technique. Peut-on agir en pirate sur une rivière sur laquelle la fuite est forcément impossible par voie d'eau ? Si aller à l'abordage est possible, s'enfuir ensuite pour trouver refuge dans une île, un espace éloigné et inaccessible est bien plus compliqué que sur le grand Océan. La seule manière de s'esquiver se trouve sur la terre.

Ce qui n'empêcha nullement qu'il y ait eu des actes de « larronneries » fomentés par quelques filous katapontistes de la pire espèce, mettant par le fond navire et équipage avant que de dérober ce qui pouvait se prendre. Dans les nombreux naufrages qui avaient lieu chaque année sur la rivière, il en est près de la moitié dont les motifs ne sont pas renseignés faute de survivants peut-être ou bien de témoins. Nous pouvons supposer que le malheur profitait à quelques-uns.

Une autre forme de piraterie fut sans conteste la multiplication des péages sur la rivière. Dès qu'une puissance pouvait imposer par la force illégitime que lui accordait la naissance ou la foi un pouvoir sur un territoire, le péage surgissait en dépit des efforts du roi pour libérer la circulation des marchandises et des humains de ce prélèvement honteux. Nous pouvons considérer que ce qui se passe sur nos autoroutes relève du même esprit.

 

Les faux-sauniers, les contrebandiers du sel furent les véritables bandits d'honneur de l'époque, prenant des risques pour apporter de l'aide au peuple, assommé par l'impôt le plus inique qui fut : la gabelle. Ceux-là prenaient des risques pour transporter en cachette ce sel libéré de l'odieuse taxe. Les gabelous, les soldats du roi leur faisaient une chasse impitoyable avec la mort ou les galères comme redoutable menace sur leurs têtes.

De nos jours, il y a bien quelques pirates notoires qui pratiquent des détournements de subventions pour la prétendue cause ligérienne. Si nombre de projets sont sincères, il n'en demeure pas moins qu'il y a dans le lot des aigrefins plus malins et retors que les autres qui savent jouer de la flatterie, de la brosse à reluire et des belles paroles pour détourner deniers et privilèges. Ceux-là auront toujours les honneurs des donneurs d'ordre, toujours prompts à se faire rouler dans la farine pourvu que ce soit par la flagornerie et les courbettes obséquieuses.

Les pratiques de nos larrons ont somme toute pris un visage plus aimable. Quant à votre serviteur, à l'imitation de François Villon, j'ai l'honneur de déplaire à ces fats et si naïfs grands argentiers. Je puis à mon tour leur déclarer la tête haute et la conscience tranquille : « Pourquoy larron me faiz nommer ? Pour ce qu'on me voit escumer en une petiote fuste ; Si comme toy me peusse armer, Comme toy empereur je fusse ».

À contre-courant

 

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