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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Un canal s'est perdu

Il y a de quoi se pendre

 

 

 

Pour Jacques Brel et son plat pays, un canal s'est pendu dans une chanson qui vous tire les larmes. Voilà sans doute la solution pour notre malheureux bief de la honte et de la désolation dont l'histoire est en somme une vaste plaisanterie et une gabegie sans nom. Puisque chaque été revient se désolant spectacle des poissons qui agonisent, des actions à grande publicité pour ne sauver que ceux qui se situent dans les limites de la ville principale, laissant agonir les autres qui pensaient naïvement que la Métropole les protègerait. Un billet d'humeur s'impose pour que la honte s'étende sur notre échevin, nouveau chantre de l'écologie.

 

Tout commença en 1908 alors que la Marine de Loire était morte et ensablée depuis quelques années déjà tandis que les canaux subissaient déjà les méchants coups du transport routier. On décida dans la grande cité ligérienne de relier le centre historique à ce canal qui portait le nom de la ville depuis 1692 sans y mettre les pieds.

Belle idée que voilà pour quelques industriels du vinaigre qui n'auraient plus à pousser, cinq kilomètres plus loin, leurs tonneaux. Malheureusement, l'idée de faire des trous et une immense tranchée gagna l'Europe entière et il fallut attendre 1920 pour que se réalise enfin ce magnifique ouvrage qui, prit de folie, fut construit sur le lit de la rivière.

 

Le bief d'Orléans voyait le jour et allait, du moins l'espérait-il, couler des jours heureux. Au lieu de quoi ce fut un naufrage au point que le canal fut condamné à mort en 1954, un déclassement qui lui retira toute navigation. Du côté de la grande ville, on se prit de l'envie de récupérer ce qui désormais faisait tache dans le décor.

L'automobile régnant en maîtresse absolue, l'idée de couvrir cet inutile ostentatoire pour en faire un axe routier eut un temps le vent en poupe avant qu'une piscine vienne prendre place à hauteur de son écluse finale. Pour faire bonne mesure, on boucha le canal dans sa partie orléanaise, laissant les deux communes voisines se débrouiller avec le caprice.

 

La piscine connue ses heures de gloire, puis un pont lui cloua le bec, la condamnant elle aussi à se vider de sa substance. On allait en rester là quand un maire, jeune alors, aux dents longues et à la vision ligérienne reperça le canal pour lui redonner des lettres de noblesse qu'il n'eut jamais. Dans la précipitation, le bief retrouva son ancienne physionomie, oubliant d'être étanche ce qui est assez ballot pour une voie d'eau.

Des dépenses somptuaires, pardon portuaires furent consenties pour établir une capitainerie pour un canal qui ne menait nulle part. Une particularité qui aurait soulevé des flots d'indignations dans une cité où toutes les voix sont audibles. Ici, fermez le ban, on ne peut se dresser contre le pouvoir en place sans risquer l'anathème et la mise à l'écart. Le canal fuyait tandis que la validation des travaux n'ayant pas été réalisée dans les règles, nul recours ne sera possible.

 

Depuis, pour amuser la galerie sans doute et jeter par les ventaux, l'argent du contribuable, le département a racheté son canal sans qu'on ne sache très bien le statut de ce bief de la désolation. Chaque été, nous assistons, éploré au spectacle d'un canal qui se vide, laisse apercevoir les immondices d'une société qui ne respecte rien, les poissons pris au piège, les algues qui envahissent une bio adversité qui chagrine les locaux et fait bien mauvaise impression pour les touristes.

L'auteur de ce fiasco se prétend désormais le défenseur de l'environnement sans naturellement évoqué ce sujet qui fâche et dont il devrait assumer l'entière responsabilité. L'eau ne coule pas sous tous les ponts en Orléans. Il y a parfois des mises à sec que l'on dissimule à grand coups de pompe, tous les deux ans, histoire de continuer à fermer les yeux sur le fond d'un problème, hélas très visible.

 

À contre-voie.

Photographies de Georges Asselineau

 

Pour en savoir plus

 

 

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