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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Notre plat pays

Point de vin, même pour la messe.

 

 

 

Notre territoire peut s'enorgueillir de disposer de ce qui fut le grenier à blé du royaume. La chose ne devrait cependant être trop ébruitée, il se pourrait que l'ogre des Carpates ne jette son dévolu sur cette riche plaine où les paysans d'autrefois aimaient à se protéger les pieds avec des chaussettes russes. Il se peut que Vladimir y voit là un motif suffisant pour en réclamer l’annexion. Si par malheur, il lui venait aux oreilles que la culture des fleurs de crochus pour extraire le safran reprenait de sa vigueur d'antan, il n'en faudrait pas plus pour qu'il vienne se sucrer au pays de la betterave.

Si mon propos semble incohérent c'est qu'il est difficile de prendre de la hauteur pour décrire ce plat pays dans lequel le regard s'évade à perte de vue. Fort heureusement, pour distraire l'automobiliste sous la menace d'une somnolence presque certaine, la brusque éruption des éoliennes est venue apporter un petit vent de fraîcheur dans ce paysage morne. Quand à prétendre qu'elles apportent aussi un peu d'eau à mon moulin à paroles, ce serait faire peu de cas de la ponction excessive que l'agriculture intensive s'autorise dans l'immense nappe de Beauce.

Mais revenons à nos moutons, ceux de Beauce que la production de céréales et de betteraves est venue leur manger la laine sur le dos. La richesse jadis de ces terres chargées de limons et de marnes n'est plus à démontrée. L'appétit des céréaliers et celui plus récent des betteraviers ont taillé des croupières à ces pauvres agneaux qui après le remembrement durent plier pâturage afin de s'exiler en Nouvelle-Zélande

Le loup ayant depuis plus d'un siècle et demi cessé de semer la terreur et de nourrir les veillées au coin du feu, il n'y avait plus rien à se mettre sur la dent pour raconter ce territoire aux mains d'une agriculture soucieuse d'enrichir l'industrie phytosanitaire. Qu'il ne soit plus guère possible d'y boire de l'eau de robinet, n'est qu'un petit effet collatéral. Il eut été possible de mettre un grand peu de vin dans cette eau si la culture de la vigne avait résisté aux exigences fiscales des moines d'Orléans, ce qui ne fut hélas pas le cas.

Le chapitre de Sainte-Croix se trouva fort contrarié, au XIII° siècle quand la Beauce se couvrit de vignobles. Si pour dire la messe, le vin est indispensable, c'est en fort petite quantité. Point n'était donc besoin de sacrifier les substantiels bénéfices de la dîme que rapportait le blé au détriment d'une taxe sur le vin de moins bon rapport. Les moines en dépit d'un vœu d'abstinence ont toujours été à cheval sur les rapports, d'où la fameuse position du missionnaire fiscal.

C'est donc le blé qui rapportait le maximum d'oseille dans ce curieux pays. Il est bien délicat de faire fructifier son capital en dehors des silos qui sont devenus, au fil du temps cet autre relief qui sert de point de repère. La vie pouvait ainsi se poursuivre jusqu'à ce que les terres devinssent totalement stériles à force de pousser toujours plus les rendements, quand un nouveau débouché vint faire mousser la gourmandise locale.

La bière ayant le vent en poupe, elle donna un bon petit coup de pompe pour relancer une industrie locale qui manquait de gaz. Le Reinheitsgebot ou « loi de pureté de la bière » qui vit le jour en 1516 en Bavière fut la plus ancienne loi de protection du consommateur. Édictée par Guillaume IV de Bavière, elle précisait alors les ingrédients autorisés dans une bière : du houblon, de l’orge (ou du froment pour les bières blanches), de l'eau… et rien d’autre ! La levure n’est pas mentionnée car on ignorait son existence à cette époque. Cette loi désormais bafouée, on peut y ajouter toute sorte d'ingrédients pour constituer un produit spécifique qui attirera le chaland et permettra de faire son beurre. La Beauce n'échappe pas à ce grand flot de bières qui couvrent nos campagnes.

Ne sachant plus quoi raconter sur ce charmant territoire, j'ai bien peur qu'en toute logique géographique, ce texte ne tombe à plat. Je vous laisse donc à la contemplation du paysage sans qu'il soit nécessaire de lever les yeux au ciel.

 

Illustrations de Louis-Joseph SOULAS

 

 

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