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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Les trois canidés

Loup, renard et chien finiront par donner leur langue au chat

 

 

Il advint que ce jour-là, un loup, un renard et un chien se tenaient conjointement le crachoir en passant du coq à l'âne. La conversation allait bon train, ces trois-là avaient autant de gueule que de prétentions à occuper le devant de la scène littéraire. Il est vrai que la nature les a pourvus d'une formidable capacité à trouver grâce auprès des auteurs en mal d''inspiration.

C'est le loup, à tout seigneur tout honneur qui tira gloriole d'avoir le plus d'expressions à son nom. Dans une bibliothèque, ce diable d'animal ne marchait certes pas sur les pas de lui-même. Partout et en tout temps, les humains crièrent ses turpitudes tant et si bien qu'en dépit de la couleur de son pelage, il n'était pas sujet à la page blanche.

Le loup avait grand faim de métaphores même au cœur de l'hiver par un froid digne de sa réputation. Jamais il hurlait avec ses contempteurs, tous gens prompts à lui mettre dans les pattes louvetiers et autres traqueurs. Même jeune, il avait la dent longue et la langue bien pendue, s'offrant de multiples références langagières.

Solitaire ou bien en horde, il peuplait les récits d'aventures et s'offrait même le luxe de prendre la mer même si jamais il ne mettait le nez sur un bateau. À défaut de jeter l'ancre, il noircissait des pages et des pages sans que les petits et les grands ne se lassent de ses aventures. Qu'importe qu'il y tint le plus souvent le mauvais rôle, c'est lui qui avait la primauté sur ses cousins canins.

Le renard à ce propos faisait grise mine. Si sa fourberie et son art consommé de tromper les autres faisaient flores, il n'avait guère trouvé sa place au royaume des idiomes. Le langage familier fait preuve en la circonstance d'une ingratitude sans nom. Le malheureux goupil ne pouvait se hasarder à réclamer la part du lion, devant largement s'incliner devant ses deux comparses.

Le chien au demeurant, quoique le seul à parfois porter muselière pour lui clouer le bec n'avait rien à envier à compère loup. Qu'il fasse froid ou qu'il pleuve des cordes, le temps était son apanage mais si parfois cela le rendait malade.Tout comme l'éléphant il aimait à fréquenter les faïenceries ou bien à s'égosiller dans les campings, là où il passait son temps à jouer aux quilles. Seules ses relations avec les chats lui causaient quelques tracas surtout à la tombée de la nuit, quand ces derniers sont gris, le loup aimant du reste partager avec lui ce moment de la journée propice aux histoires.

C'est justement le sujet des fables qui redonna un peu de poil de la bête à notre ami le renard qui pensait être sur la goulotte d'une fontaine généreuse. Il prétendit que pas moins de 19 fables de monsieur Jean le mettaient à l'honneur, ce que ne pourrait revendiquer ses camarades. Bien mal lui en prit puisque  le loup réagit de manière véhémente croquant à pleines dents le bonheur de figurer dans 26 d'entre-elles, étant ainsi l'animal le plus honoré par le grand maître des eaux et forêts.

Le chien, la queue basse et la truffe sèche dut admettre qu'en ce domaine, il ne faisait pas le poids avec ses deux complices. Sa domesticité lui jouant sans doute mauvais tour puisqu'il n'était à la fête que six fois. Voilà qui lui apprendra de se montrer affable tout autant que servile avec ces diables d'humains.

Dans une tentative désespérée de tirer la couverture médiatique à lui, le pauvre chien prétendit que celle du Loup et du Chien était la plus célèbre de toutes. Le renard s'empressa de lui en faire rabattre en citant le Corbeau et le Renard comme la plus connue de tous. Quant au loup, il ne put s’empêcher de ramener sa fraise en déclarant présomptueusement que le Loup et l'Agneau tenait largement la corde de ce classement de la notoriété.

Une tortue qui passait par là se garda bien de se lancer à corps perdu dans la controverse tandis qu'une grenouille se dit par devers elle qu'une querelle finirait par éclater entre eux. Un rat de bibliothèque se garda bien de se mêler à la conversation, préférant filer à la campagne pour se mettre aux vers. Il devait retrouver une cigale flanquée d'une fourmi qui donnaient encore de la voix en ce changement de saison.

Le lion sur son trône regarda à distance tout cela. Sa majesté n'avait que faire de ces discussions stériles. La crinière au vent de l'histoire, il se dit que ma foi, son cousin le chat s'octroyait en la matière la part du lion. En vieux sage il voulut conclure ce récit sans queue ni tête d'une morale empruntée à leur maître à tous :

 

Messieurs les courtisans, cessez de vous détruire :

Faites, si vous pouvez, votre cour sans vous nuire.

Le mal se rend chez vous au quadruple du bien.
Les daubeurs ont leur tour, d'une ou d'autre manière :
Vous êtes dans une carrière
Où l'on ne se pardonne rien.

 

 

à contre-poil

 

 

 

 

 

 

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